Une attention appropriée

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Une qualité mentale juste, spécifiquement mentionnée par le Bouddha comme étant fondamentale dans le travail sur les obstacles, est l’attention sage ou « appropriée », yoniso manasikāra (S.V.64 ; A.I,3). Bien que ce terme un peu technique ne soit pas mentionné dans les catégories classiques des enseignements, le Bouddha a insisté sur sa grande importance en tant que facteur dans l’entraînement mental à la méditation.

Ainsi, l’attention appropriée est le facteur clé dans la résolution de chacun des obstacles, tandis que son contraire, le manque d’attention appropriée, joue un rôle déterminant dans leur apparition et leur croissance.

Bhikkhu Analayo a étudié en profondeur le terme yoniso manasikāra tel qu’il est utilisé dans le Canon pāli. Il distingue trois aspects dans le qualificatif yoniso : approfondi, approprié et sage. Ce mot a donc toute une palette de nuances selon le contexte. J’ai choisi d’utiliser l’aspect « approprié » bien que les autres sens puissent également s’appliquer.

L’attention ou réflexion, manasikāra, est une fonction mentale présente dans tout acte conscient. Ce à quoi nous sommes attentifs et notre façon d’y être attentifs ont un puissant impact sur l’esprit. Malheureusement, comme l’attention des êtres non éveillés est toujours sous l’influence déformante de l’avidité, de l’aversion et de l’ignorance, elle est orientée de manière inappropriée, ce qui ne fait que perpétuer la distorsion de nos perceptions.

Nous connaissons tous les effets d’un manque d’attention appropriée. Par exemple quand nous nous perdons dans des fantasmes sensuels, nous constatons que cela ne fait que nourrir davantage le désir des sens. Ainsi une attention trop fréquente et une attention trop étriquée – ne pas voir l’objet sous d’autres angles – peuvent toutes deux être préjudiciables.

Si nous pouvons déplacer notre attention avec sagesse en voyant que le fantasme en question n’est, fondamentalement, qu’une perception, nous observons l’état mental que ce nouveau regard engendre : être attentif à un objet avec sagesse, c’est-à-dire en comprenant sa véritable nature, peut changer totalement les choses.

Les Commentaires disent que l’attention inappropriée est comme les distorsions (vipallāsa), c’est-à-dire qu’elle nous fait voir ce qui est impermanent (anicca) comme permanent, ce qui est insatisfaisant (dukkha) comme satisfaisant, ce qui est impersonnel (anattā) comme personnel, et ce qui est fondamentalement laid (asubha) comme beau. Bien sûr, c’est ainsi que les êtres non éveillés considèrent généralement la réalité.

Cependant, le Canon pāli explique l’attention inappropriée de manière plus concrète et spécifique en lien avec chacun des obstacles. Par exemple, il est dit que le désir sensoriel est alimenté quand on porte son attention sur l’aspect attirant d’un objet. Ainsi, développer une attention sage et appropriée exige que nous retravaillions complètement notre façon de nous relier à la réalité.

Source du texte   Dhamma de la forêt