Haine de soi et vertueuse indignation

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

De nos jours, il est fréquent de trouver deux autres formes de négativité : la haine de soi et la juste colère.

La haine de soi est une négativité intériorisée qui, bien que moins répréhensible sur le plan social, n’est tout de même pas très saine.

Comme le doute de soi (et son ombre, le narcissisme), elle est devenue proéminente avec l’importance toujours plus grande accordée à l’image de soi et à une réflexion excessive sur soi, mais cela peut devenir destructeur et avoir des conséquences tragiques.

La dynamique de ce phénomène est tout à fait absurde : une certaine conscience de soi déteste une autre conscience de soi. Comment cela se produit-il ? Il y a chez nous tous des aspects de notre « moi » relatif dont nous ne sommes pas fiers ou même que nous détestons – qui aime ses obstacles ? Cependant, certaines personnes ont un critique intérieur très sévère qui a souvent une voix familière : celle d’un parent, d’un frère ou d’une sœur, d’un enseignant ou d’un conjoint.

La haine de soi peut également être une interaction complexe de culpabilité, de blâme ou de récrimination entre les différents « moi ».

La juste colère est une émotion assez difficile à travailler car elle semble être une bonne chose, voire une vertu. Pourtant, même si elle a quelque chose de « juste », la colère n’est pas un état mental sain. Pour s’en apercevoir, il suffit de la « sentir » en nous et de voir l’effet qu’elle produit sur nos actions et nos paroles.

Nous pensons par exemple qu’une injustice ou un abus a été commis et nous avons le noble sentiment qu’il faut faire quelque chose pour y remédier. La colère apparaît car ce que nous percevons nous répugne. Mais nos perceptions sont-elles correctes ? Cette situation ne réveille-t-elle pas une vieille blessure chez nous ? N’est-elle pas générée par la frustration ?

Un jour, lors d’une conférence d’enseignants bouddhistes, quelqu’un a demandé au Dalaï Lama : « Que pouvons-nous faire pour la situation au Tibet ? » et la réponse surprenante mais très sage a été : « Restez informés ».

Trop souvent, bien que n’ayant qu’un fragment de propagande bien lissée, nous nous enflammons dans une indignation passionnée au point de brouiller toute sage réflexion. Il est très déroutant de se trouver face à un idiot vertueux ; on ne sait pas si l’on doit avoir de la compassion pour lui ou pour la cause qu’il défend. Il est certes bon de défendre ce qui est juste mais le fait d’y ajouter de la colère risque souvent de tout fausser.

Source du texte   Dhamma de la forêt