Connaissance des enseignements du Bouddha

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Même si trop de théorie peut bloquer l’expérience directe, avoir un minimum de connaissance des enseignements du Bouddha nous donne un contexte pour accueillir les expériences de méditation.

Parfois cela permet de les expliquer, d’autres fois de nous montrer la bonne direction ou de nous signaler que nous avons dérapé. Cette connaissance des enseignements fondamentaux du bouddhisme peut également nous aider à considérer le large éventail de pratiques que l’on appelle « méditation bouddhiste ».

Il existe de nombreuses techniques et styles de pratique qui, même s’ils sont bénéfiques à court terme, sont en réalité des adaptations personnelles ou culturelles des pratiques bouddhistes fondamentales. Certaines des pratiques enseignées en Asie, par exemple, sont adaptées au tempérament plus dévotionnel des bouddhistes asiatiques. D’autres méthodes sont très ciblées, peut-être appropriées pour ceux dont l’attitude est « l’éveil après quelques vies au paradis » mais elles sont malheureusement souvent récupérées dans une configuration trop ambitieuse avec recherche de récompense dans l’« éveil maintenant ».

Si nous connaissons les enseignements principaux sur lesquels ces approches sont basées, nous pouvons ajuster notre façon de les appliquer selon la situation.

Je suis allé en Thaïlande pour trouver un environnement qui me permette de faire une retraite de méditation. Après beaucoup de temps passé à planifier et à anticiper mon séjour, lorsque je suis finalement arrivé sur place, je me suis lancé à corps perdu dans une pratique intensive de la méditation, uniquement préoccupé par le calme mental. Mais lorsqu’après trois mois le calme a disparu suite à une maladie, j’étais sur le point de rentrer chez moi. Heureusement, j’ai lu un livre qui m’a rappelé que l’Octuple Sentier se décompose en trois parties : la moralité, la méditation et la sagesse. Alors, comment pouvais-je en savoir plus sur la partie sagesse ? Comme le moine anglophone du monastère ne pouvait plus répondre à mes questions et que je ne parlais pas assez bien le thaï pour converser avec les moines thaïlandais, je me suis senti très seul. Par chance, dans la bibliothèque du monastère, j’ai trouvé Le cœur de la méditation bouddhiste de Nyanaponika Thera, qui est une traduction et une explication du discours du Bouddha sur les quatre fondements de l’attention. La bibliothèque avait également la version anglaise de presque tout le Canon pāli. Ces textes sont devenus mes « maîtres » pendant plusieurs années avant que j’aille auprès d’Ajahn Chah.

Il y a un enseignement qu’il est important de connaître : la présentation que fait le Bouddha du principe éthique de cause et effet ou kammavipāka. Le Bouddha a affirmé le principe universel selon lequel toute action intentionnelle a le potentiel de donner des résultats équivalents de sorte que, de manière générale, les actions bénéfiques donnent des résultats bénéfiques, même s’il est parfois difficile de le constater directement. Les actes de générosité, par exemple, ainsi que la vertu et la méditation, finissent par porter des fruits et, tant que nous ne voyons pas ces résultats, nous devons simplement avoir confiance et poursuivre patiemment nos efforts.

Aujourd’hui la recherche sur la neuroplasticité (13) vient donner du poids à ce principe du Bouddha.

L’enseignement le plus important est celui sur les Quatre Nobles Vérités que le Bouddha a été le seul à donner : l’insatisfaction, sa cause, sa cessation et la voie qui mène à cette cessation. Nous sommes tous programmés pour éviter autant que possible l’insatisfaction, la souffrance et la douleur ; pourtant ce que le Bouddha nous rappelle ici, c’est que tout être humain en fait l’expérience sous une forme ou une autre et nous n’allons jamais pouvoir nous en libérer en essayant de les éviter. Ce n’est qu’en comprenant clairement leur cause et en l’éradiquant que nous en serons libres. Combien de fois oublions-nous cette leçon si simple et pourtant si profonde ?

Un autre enseignement qu’il est bon de connaître est celui sur les cinq agrégats d’attachement (khandha). Il s’agit des cinq parties ou aspects fondamentaux qui constituent l’être humain : le corps physique, les ressentis, la perception, les processus mentaux et la conscience sensorielle. Si nous analysons ce que nous prenons pour « moi » ou « ce que je suis », nous arrivons à ces cinq ingrédients de base.

Le Bouddha les a souvent mentionnés, notamment dans la façon dont nous nous créons une identité, dans les processus sensoriels, dans l’enchaînement conditionné des causes et des effets, etc. Il faudra peut-être du temps pour les étudier et les analyser mais il est important d’arriver à les connaître et à les reconnaître, faute de quoi nous nous contenterons, comme la plupart des gens, de dire « je » et nous finirons par inventer une théorie fumeuse sur l’âme au lieu de simplement observer les processus impersonnels conditionnés et conditionnants qui constituent ce « je ».

(13) Voir Hanson. Pour une synthèse plus générale impressionnante, voir Doidge ; pour une approche bouddhiste plus technique, voir Schwartz.

Source du texte   Dhamma de la forêt