Se tromper d’objet d’investigation

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Nous supposons généralement que nous pouvons virtuellement tout savoir.

Cependant, il y a des sujets, des thèmes ou des aspects de la réalité dont nous ne pouvons avoir qu’une connaissance très limitée.

Si nous insistons pour en savoir plus, nous risquons d’arriver à douter car nous aurons atteint les limites de nos capacités.

Le Bouddha a mentionné quatre sujets qu’il a qualifiés de « non-concevables » ou « qui ne peuvent pas être connus par la pensée conceptuelle » (acinteyya):

1) la sphère d’un bouddha,

2) le domaine des absorptions méditatives,

3) les résultats des actions intentionnelles (kamma-vipāka) et

4) les spéculations sur la nature du monde.

Si l’on essaie de trouver une réponse définitive aux questions concernant l’un de ces thèmes, le doute et l’incertitude ne feront que grandir, ou bien on finira par se saisir d’une réponse incorrecte.

Lorsque l’on parle de sujets «non-concevables», certaines personnes en ajouteront volontiers un cinquième, celui de la renaissance (qui pourrait faire partie du point 3).

À moins d’avoir des capacités spéciales ou d’avoir développé la méditation à un niveau où peuvent se manifester des aptitudes paranormales, le sujet de la renaissance est principalement une question de croyance, de foi ou de confiance.

Il est très difficile à prouver par un raisonnement logique, même si certaines personnes sont parvenues à la conclusion que la renaissance était une réalité par le biais d’expériences personnelles.(32)

Il y a aussi dix questions auxquelles le Bouddha a refusé de répondre. On les a appelées les « non-déterminées » (avyākata).

Elles semblent constituer un ensemble type de questions permettant de déterminer le genre de philosophie auquel un enseignant adhère. Ces questions couvrent les sujets suivants:

– de 1 à 4 : Le monde est-il éternel ou non ? Le monde est-il infini ou non ?

– 5 et 6 : L’énergie de vie (jīva) est-elle identique au corps ou non ?

– de 7 à 10 : Après la mort, est-ce que le Bouddha

a) continue d’exister,

b) n’existe plus,

c) à la fois continue d’exister et n’existe plus,

d) ni continue d’exister ni n’existe plus ? (33)

Le Bouddha a déclaré que recourir à l’une de ces vues spéculatives,

… c’est se perdre dans la forêt des opinions, la jungle des opinions, l’agitation des opinions, l’agonie des opinions, l’entrave des opinions.

C’est engendrer la souffrance, le chagrin, les tourments et la détresse.

Cela ne conduit pas au désenchantement, au détachement des passions, à la cessation, au calme, à la connaissance directe, à l’éveil ou au nibbāna. (M.I, 486)

(32) Voici le titre de quelques livres qui traitent du sujet :

1) Vingt cas suggérant le phénomène de réincarnation, du Dr Ian Stevenson,

2) De nombreuses vies, de nombreux maîtres, de Brian Weiss,

3) Past Lives Therapy, du Dr Morris Netherton.

(33) D.I, 188; voir LDB, p. 554, n.219 pour plus de détails.

Source du texte   Dhamma de la forêt