Partir de suppositions erronées / en posant de mauvaises questions

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Poser la mauvaise question signifie généralement que l’on s’est basé sur des suppositions erronées.

Le Bouddha a souligné qu’en raison de l’ignorance, nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont réellement.

Certaines suppositions courantes ont été présentées sous forme de quatre « distorsions » (vipallāsa) de perception, de pensée (citta) ou d’opinion :

1) ce qui est impermanent est permanent,

2) ce qui n’est pas satisfaisant est agréable,

2) ce qui est impersonnel est personnel, et

4) ce qui est peu attrayant est attrayant (A.II, 52).

De fait, en tant qu’êtres non éclairés, nos hypothèses de base sont fondées sur la permanence, le bonheur, la réalité du « moi » et l’attirance, alors que la réalité nous démontre exactement le contraire.

Si nous nous en tenons à ces suppositions erronées, nous tomberons inévitablement dans la confusion et douterons peut-être même de nos propres perceptions.

L’exemple le plus courant de supposition erronée concerne l’hypothèse selon laquelle nous sommes ou nous avons une âme ou un « moi » permanent.

Ainsi, un jour où le Bouddha expliquait la série des facteurs de causalité conditionnelle, un moine l’interrompait fréquemment pour demander :

« Mais de qui s’agit-il ? »

Par exemple : « Qui a ces ressentis dont vous parlez ? Qui a ces désirs ? »

Le Bouddha a répondu que ces questions n’étaient pas pertinentes parce que, dans son exposé, il ne faisait pas référence à un sujet mais expliquait les facteurs de causalité tels qu’ils se succédaient : le contact provoque un ressenti, le ressenti provoque l’avidité, etc. (S.II, 14).

De toute évidence, le moine qui posait ces questions continuait à supposer qu’il y avait un sujet, une personne, un « moi » qui faisait l’action, alors que le Bouddha avait compris qu’il n’y a là que des facteurs impersonnels qui interagissent.

Une autre des raisons pour lesquelles le Bouddha a refusé de répondre aux questions « non-déterminées » (voir ci-dessus) était que le questionneur partait de fausses hypothèses.

Ainsi, par exemple, quand on parle du « monde », la plupart des gens pensent qu’il s’agit du monde extérieur, alors que le Bouddha a défini le monde intérieurement :

C’est plutôt dans ce corps long de six pieds, doté de la perception et de l’esprit, que je fais connaître le monde, l’apparition du monde, la cessation du monde et le chemin qui mène à la cessation du monde. (S.I, 62)

Autre exemple : ceux qui demandaient si le Bouddha continuait d’exister après la mort supposaient que le Bouddha était une entité particulière. Or le Bouddha a déclaré qu’il était au-delà de la façon dont on désigne généralement un être humain et qu’il était, par conséquent, « incommensurable » (M.I, 489).

Il a illustré cela avec l’image d’un feu qui s’éteint par manque de combustible.

« Quand le feu s’est éteint, dans quelle direction est-il parti ? », a-t-il demandé.

« Cette question n’a pas de sens, lui a-t-on répondu. Le feu s’est tout simplement éteint. »

De même, un être éveillé est arrivé au bout du combustible qui alimente la renaissance.

Source du texte   Dhamma de la forêt