Résumé

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Pour commencer, nous devons être attentifs dès qu’apparaît un ressenti négatif. Pour certaines personnes, c’est déjà un grand pas en avant.

Vous est-il facile de prendre conscience de votre négativité ?

Bien entendu, il est tout à fait normal, presque instinctif, d’être sur la défensive. Nous prenons conscience du ressenti négatif et ensuite, l’esprit clair et posé, nous remontons jusqu’à la tonalité désagréable de ce ressenti : « Quelle facette du ‘moi’ est blessée ? C’est peut-être un aspect de ma fierté qui est blessé en ce moment ; c’est pour cela que je suis fâché. Alors, est-ce une réaction à encourager, à préserver, à conserver ? »

La pratique de la bienveillance peut changer toute notre attitude face à la réalité. Elle ouvre le cœur à tous les aspects de la vie d’une manière complètement nouvelle.

Il ne s’agit pas seulement d’ouvrir notre cœur à ce que nous aimons mais aussi à ce que nous repoussons, nions, rejetons.

Le test ultime de l’ouverture du cœur, comme l’a suggéré Stephen Levine, est de « garder le cœur ouvert en enfer.(25)» Il est très facile de garder le cœur ouvert au paradis et notre travail consiste à le garder ouvert dans le monde des humains ; mais le vrai test est d’y parvenir même en enfer.

On dit que l’on est psychologiquement en enfer quand on expose la blessure cachée dans notre cœur. Dans cette situation pouvez-vous garder le cœur ouvert, laisser la bienveillance circuler ?

Si vous pouvez maintenir la bienveillance dans toutes les situations et continuer à la développer, les désagréments de la vie vont se transformer.

Un jour, vous serez peut-être stupéfait de constater que vous n’êtes plus aussi aisément submergé par la négativité, plus aussi irritable, plus aussi colérique. Ces sentiments semblent s’être évanouis ou, du moins, se sont nettement affaiblis. Vous remarquez un changement dans votre attitude face aux situations difficiles.

Parfois on ne s’en rend pas compte tout de suite mais après coup on se dit : « Tiens, je ne me mets pas aussi facilement en colère qu’autrefois. Je ne me sens pas aussi frustré. Je suis moins rancunier. »

Mais ne soyez pas surpris s’il y a des hauts et des bas. Il arrive que nous soyons d’humeur optimiste et la bienveillance se répand alors vraiment librement ; d’autres fois, l’humeur change et tout est très difficile. La vie nous donne beaucoup à faire.

Nous pouvons développer la bienveillance comme une mère envers son unique enfant. C’est comme un instinct que nous avons tous en nous. Il s’agit simplement d’y accéder plus souvent.

Nous pouvons donc espérer qu’en continuant à la développer, nous transformerons ces vieilles attitudes – être sur la défensive et repousser la souffrance – pour nous ouvrir davantage, faire preuve de gentillesse et nettoyer ainsi notre grenier de souffrances non abordées.

Nous finirons (parfois) par arriver à un amour inconditionnel. Or certains disent que l’amour inconditionnel est synonyme d’éveil. Quand il n’y a pas de « moi » en travers du chemin, un amour sans limites peut vraiment fonctionner. Le non-soi est la vérité inconditionnelle.

Cela commence par des petites touches : juste être un peu plus accueillant face à la négativité et à nos blessures particulières qui la réveillent, qu’elles soient physiques, émotionnelles ou mentales.

Lorsque nous commençons à comprendre comment fonctionne ce processus, il se transforme en une attitude complètement différente.

Nous ne pouvons jamais défendre le « moi ». Nous pouvons essayer tant que nous voulons mais nous ne pouvons jamais le défendre parce qu’il est inexistant.

En essence, il n’existe pas.

C’est comme défendre une ombre.

Avez-vous déjà essayé de défendre votre ombre ?

Nous commençons donc par observer la réaction négative du « moi » à la douleur et nous nous y ouvrons avec douceur.

Quand nous voyons que cela fonctionne, nous prenons confiance, nous savons qu’il y a une manière d’être plus judicieuse, et ces vieilles habitudes se transforment de plus en plus en ouverture et en réceptivité face à une réalité toujours plus vaste.

(25) Stephen Levine, Healing into Life and Death (non traduit en français). Référence à la méditation du pardon et à la méditation du chagrin. Ce livre contient plusieurs méditations spécifiques qui seront utiles aux personnes qui pensent pouvoir bénéficier de formes de méditation autres que celle de la bienveillance. Le chapitre 20 sur la colère et «autres états émotionnels difficiles» avec sa méditation guidée est particulièrement adapté.

Source du texte   Dhamma de la forêt