Le doute en tant que mode d’investigation

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Si nous examinons en profondeur la nature du doute, nous pouvons le transformer en une investigation vraiment profonde.

Ainsi, au lieu de rester bloqué par une question comme : « Le Bouddha est-il éveillé ? », vous pouvez la retourner et vous demander : « Qui pose cette question ? », ce qui pourrait vous mener à un questionnement spirituel beaucoup plus constructif.

Vous posez la question et ensuite, plutôt que d’y répondre, vous suivez l’esprit plus profondément dans le silence intérieur.

Si vous tournez votre regard vers vous-même en demandant : « Qui pose la question ? », vous découvrirez peut-être un niveau du « moi » plus profond.

Vous percevrez peut-être de l’insécurité, l’aspect de l’ego qui veut être rassuré, qui a besoin d’être renforcé, qui a besoin d’être sans cesse encouragé, notamment avec une réponse comme : « Oui, le Bouddha était éveillé. »

C’est cela qu’il est important de voir quand on peut s’ouvrir suffisamment pour le voir. Que vous obteniez ou non la réponse à votre question initiale n’est pas vraiment important. Ce qui est important, c’est qu’elle puisse vous mener à une investigation plus profonde, à la racine du « moi » qui pose cette question.

Que le Bouddha soit éveillé ou pas, ce n’est pas cela qui va vous éveiller. La réponse peut vous encourager ou vous donner une orientation mais ce n’est pas le vrai problème. L’important, c’est ce qui se passe en vous lorsque des doutes surgissent.

Certains enseignants suggèrent même d’encourager le doute. Lorsque l’on doute vraiment, on va à l’origine des racines fondamentales du « moi » – qui doute ? Qui veut savoir ?

Si nous sommes attentifs au doute, nous remarquons que parfois l’esprit est ouvert et réceptif à l’idée d’aller plus loin, au-delà du doute, de celui qui doute et même peut-être jusqu’à la connaissance ultime pure et limpide.

Le « moi » veut au moins faire croire qu’il sait pour garder le contrôle ; il risque ainsi de créer toutes sortes d’illusions et d’inventions pour donner l’impression qu’il sait, qu’il croit savoir ou suppose qu’il sait.

Au fond, nous ne savons pas vraiment. Si toute la vie est fondamentalement impermanente, comment saurions-nous quoi que ce soit, si ce n’est que les choses changent constamment ?

Nous commençons à comprendre que la véritable connaissance, c’est connaître la vérité ultime.

Il n’est pas nécessaire de connaître tous les détails. L’important, c’est savoir quelle est la véritable essence de tout.

Ajahn Chah a dit qu’au lieu de connaître tous les arbres de la forêt, si nous savons ce qu’est la nature ultime d’un seul arbre, nous connaitrons tous les autres arbres.

Vous savez que cet arbre est impermanent, insatisfaisant et impersonnel.

Si vous le savez, vous savez que, dans leur essence, les arbres sont tous pareils.

C’est tout ce que vous devez savoir. Mais nous avons été formés à regarder la diversité et à tourner le regard vers l’extérieur plutôt que de regarder la source à l’intérieur.

Alors peut-être pouvons-nous utiliser le doute pour nous ramener à la source, pour le ramener d’où il vient réellement, là où les vraies questions sont posées.

Source du texte   Dhamma de la forêt