Résumé

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Il existe donc différentes façons d’aborder les désirs des sens. Tout d’abord, nous constatons que les plaisirs sensoriels sont basés sur des contacts sensoriels. Nous essayons alors de comprendre les impressions produites par ces contacts – le fait de voir, d’entendre, de sentir, de goûter, de toucher et de penser – et nous commençons à être davantage conscients des processus sensoriels.

Aujourd’hui, par exemple, pour une raison que j’ignore, mes yeux m’ont gêné un peu. Je ne voyais pas très bien – j’ai dû regarder trop de clématites à travers mon appareil photo ! Je sais donc que l’on ne peut pas se fier aux yeux. Et ce que je voyais – la conscience visuelle, le ressenti et la perception – était aussi peu fiable. Ainsi, nous observons que notre perception de ce qui est beau et agréable est conditionnée par des données aléatoires.

Il est certain que nous avons des impressions sensorielles attirantes mais ce ne sont que des impressions. En comprenant cela de manière plus directe, nous arrêtons d’être dépendants de nos sens et du processus de perception. Aucun de nos sens n’est complètement fiable, alors comment pourrions-nous jamais satisfaire quelque chose d’aussi peu fiable et d’aussi changeant ?

Ensuite, il y a le désir en lui-même. Le désir séparé de son objet est tout à fait différent de ce que nous ressentons d’habitude. Mais attention ! On peut aussi être frappé de plein fouet par ce désir qui flotte librement, ce désir en tant qu’énergie. Cependant, grâce à la pratique de la méditation, on développe la concentration, la compréhension et la capacité à diriger cette énergie. Dans quelle direction voulez-vous orienter le désir ? Nous avons le choix entre le désir des sens et le désir de Dhamma.

Une fois que nous comprenons qu’il s’agit réellement d’un processus en marche, nous avons un certain degré de contrôle sur la situation. Il s’agit d’être capable de devenir plus conscient de la véritable nature des désirs sensoriels, de ce qui les déclenche et de ce qui les arrête. Si nous arrivons à observer le désir avec attention, nous pouvons l’analyser avec sagesse : « De quelle sorte de désir s’agit-il ? Désir de quoi ? »

C’est l’occasion d’en apprendre davantage sur le « moi » et sur ce qui l’attire. Nous pouvons alors regarder au-delà des objets – nourriture, sexe, addiction, peu importe – et voir ce qu’il y a derrière. Nous voyons alors clairement le « devenir » ou domaine existentiel où le « moi » cherche à prendre forme, à naître, à venir à l’existence, à fusionner en tant qu’entité.

Le « moi » a un besoin impérieux de s’exprimer et cela apparaît sous la forme de désir sensoriel, d’aversion, de léthargie, d’agitation ou encore de doute. Il cherche à prendre une forme particulière. Quand nous regardons au-delà des formes, nous en revenons aux processus, aux forces, aux énergies qui sont derrière elles. Le Bouddha a appelé cela avidité, saisie, devenir. Et c’est là que nous pouvons cesser d’alimenter le « moi », de sorte que le sentiment de « moi » ne fusionne plus sous forme de « je », de « moi » ou de « mien » mais continue à fonctionner en tant que point de référence pour la conscience sensorielle.

L’investigation de l’obstacle que constitue le désirs sensoriel est un travail particulièrement fructueux car, comme nous l’avons dit au début de ce chapitre, c’est un élément clé dans de nombreux domaines des enseignements du Bouddha. En comprenant les désirs des sens, nous comprenons mieux la soif du désir (tanhā), la saisie (upādāna), les « fermentations mentales » (āsava), les tendances sous-jacentes (anusaya) et les tonalités des ressentis (vedanā) qui conditionnent la soif et le désir de plaisirs sensoriels. Ce sont les clés de la réalisation de la cessation de tous les désirs et de la souffrance.

Source du texte   Dhamma de la forêt