Thème d’investigation erroné

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Comme vous le voyez probablement à présent, certaines spéculations ne parviendront pas à une conclusion et nous resterons dans le doute toute notre vie. Il est donc important de savoir sur quelles sources de doute il vaut mieux travailler en faisant la distinction entre celles qui peuvent être résolues et les autres.

 

À une certaine occasion, tandis que le Bouddha séjournait dans une forêt, il a ramassé une poignée de feuilles et il a demandé aux moines qui l’accompagnaient où, à leur avis, il y avait le plus de feuilles : dans sa main ou dans la forêt. Quand ils ont répondu qu’il y avait plus de feuilles dans la forêt, le Bouddha a dit ceci :  

De même, moines, les choses qui m’ont été révélées sont nombreuses, alors que celles que j’ai enseignées sont peu nombreuses. Et pourquoi, moines, ne les ai-je pas enseignées ? Parce qu’elles ne sont pas bénéfiques, elles ne sont pas pertinentes pour le fondement de la vie spirituelle et elles ne mènent pas au désenchantement, au détachement des passions, à la cessation, au calme, à la connaissance directe, à l’éveil, au nibbāna. Par conséquent, je ne les ai pas enseignées.
Qu’ai-je donc enseigné, moines ? J’ai enseigné : « Ceci est dukkha. » J’ai enseigné : « Ceci est l’origine de dukkha. » J’ai enseigné : « Ceci est la cessation de dukkha. » J’ai enseigné : « Ceci est le chemin qui mène à la cessation de dukkha. » Et pourquoi, moines, ai-je enseigné cela ? Parce que c’est bénéfique, pertinent pour le fondement de la vie spirituelle, et parce que cela mène au désenchantement, au détachement des passions, à la cessation, au calme, à la connaissance directe, à l’éveil, au nibbāna. Voilà pourquoi j’ai enseigné cela. (S.V, 438)

 

Bien sûr, de nos jours certaines personnes ont reçu une bonne éducation et ont davantage de connaissances dans de nombreux domaines. Certaines connaissances telles que la psychologie peuvent avoir un intérêt pour la pratique spirituelle et d’autres, comme certaines sciences, peuvent avoir un lien avec des thèmes bouddhistes.

Cependant, même si une certaine connaissance de ces sujets peut être utile pour faire des recoupements et aider à relier des thèmes spirituels ou bouddhistes à des domaines plus vastes de notre vie, il faut rester attentif au langage et aux comparaisons croisées car, vus de plus près, ils n’ont peut-être pas de liens réels. Prenons par exemple le terme « soi » pour définir le mot pāli attā. Pour la plupart des gens, le « soi » fait spécifiquement référence au « moi » conventionnel ou à la personnalité, alors que le mot attā a la connotation plus forte d’ « âme », tout en incluant le « moi » conventionnel. À l’époque du Bouddha, on croyait qu’après la mort l’attā transmigrait de vie en vie, tandis que la plupart des attributs du « moi » conventionnel étaient abandonnés. Voilà qui ajoute encore de la confusion à l’enseignement du Bouddha sur le non-soi.

Si les psychologues entendent le terme « non-soi », ils l’interprètent généralement comme « pas de soi » ce qui, pour eux, équivaut à une psychose : « Comment ? Les bouddhistes apprennent aux gens à devenir psychotiques, à perdre leur ‘moi’ ? » Non, ce que le Bouddha dit, c’est de ne pas se saisir de façon obsessionnelle des processus physiques et mentaux qui changent constamment comme s’il s’agissait d’une entité autonome permanente. Nous devons également préciser que le Bouddha n’a jamais dit : « Il n’y a pas de soi. » Ce qu’il a dit est : « Toute chose est non-soi », c’est-à-dire que tout a cette caractéristique de non-soi ; même notre sentiment d’être « moi » a finalement une caractéristique de non-soi, impersonnelle, lorsqu’on l’examine attentivement. Dire qu’il n’y a pas de « moi » serait avoir une vision nihiliste des choses.

Source du texte   Dhamma de la forêt