Pourquoi cinq ?

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Nous pourrions assurément élaborer une liste qui contiendrait bien plus d’obstacles que les cinq mentionnés ci-dessus car l’esprit peut être distrait ou perturbé par toutes sortes de choses. Un discours du Bouddha cite quarante-quatre points qu’un moine devrait « effacer » (M.sutta 8) ; un autre mentionne seize défauts qui font qu’un moine est difficile à réprimander (M.sutta 15) ; et une autre énumération très semblable évoque seize attributs qui souillent l’esprit (M.sutta 7 ; cf. A.I, 299). L’ensemble le plus courant est résumé dans les trois racines de la mauvaise action : l’avidité (convoitise), l’aversion et les croyances erronées. L’obstacle mental le plus fondamental est l’ignorance de la réalité dont le Bouddha a dit qu’elle est causée par les Cinq Obstacles, lesquels, à leur tour, sont causés par les trois types de mauvaise conduite à travers le corps, la parole et l’esprit (A.I, 113).

Alors pourquoi le Bouddha a-t-il souligné ces cinq points en particulier ? Disons déjà que, sur le plan pratique, il est assez facile de retenir cinq concepts. Quand on médite dans la forêt, on n’a pas de livre (ou le livre a été mangé par les termites !) et on peut aisément se souvenir de ces cinq catégories, quitte à les compter sur les doigts de la main en repassant la liste mentalement. Par ailleurs, ce groupe de cinq englobe la plupart des variétés de perturbations que nous rencontrons dans la pratique spirituelle, surtout si nous les généralisons en termes de tendances humaines fondamentales ou selon la façon dont nous vivons les choses habituellement.

Nous devons parfois affronter différents types spécifiques de problèmes mais, fondamentalement, nous pouvons probablement faire entrer dans ces Cinq Obstacles la plupart des difficultés que nous rencontrons si nous considérons la forme d’énergie qui les anime : chercher à saisir, rejeter, s’effondrer, s’hyper-activer et hésiter. Par exemple, si nous sommes habités par l’envie ou la jalousie, nous pouvons évaluer sa dynamique (une sorte de rejet) pour trouver de quel obstacle elle relève (la négativité) et commencer à comprendre comment travailler dessus.

De même, si les problèmes que nous avons semblent assez communs – comme être distrait ou découragé – et qu’ils n’ont pas de cause évidente (distraits par des désirs sensoriels ou découragés parce que nous nous sommes énervés), nous pouvons accéder à l’énergie qui les anime et trouver utile d’appliquer certains des moyens habiles de l’obstacle équivalent le plus proche. Bien entendu, chaque entrave particulière de l’esprit et chaque nuance particulière devront être abordées avec des moyens qui leur sont propres.

Cela dit, quand on acquiert une certaine expérience à travailler adéquatement sur les obstacles les plus évidents, il est possible d’appliquer cette sagesse pour aborder les aspects plus subtils de l’esprit.

Source du texte   Dhamma de la forêt