La méditation de la tranquillité

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Les Cinq Obstacles sont le plus souvent mentionnés dans le contexte du développement de la méditation de la tranquillité (samatha kammatthāna), en particulier les niveaux les plus profonds de concentration qui mènent à l’absorption méditative (jhāna). On ne peut atteindre ces degrés d’absorption que lorsque les obstacles sont écartés, ne serait-ce que temporairement. Ceci implique généralement que l’on y travaille un peu, surtout aux niveaux les plus grossiers. Ensuite, on utilise la force de la concentration pour neutraliser leurs effets.

Ces absorptions méditatives sont le plus souvent mentionnées dans le contexte de l’entraînement monastique, de sorte que le méditant est censé avoir déjà établi des fondations saines en maintenant un haut niveau de moralité, en pratiquant la modération des sens et en menant une vie simple dont il se satisfait. Ce mode de vie est déjà un excellent point de départ pour diminuer les effets de certains des obstacles.

La pratique de la méditation de la tranquillité inclut une focalisation de l’attention, soutenue et intéressée, sur un objet de méditation. On ne prête pas attention aux distractions ni aux perturbations, de sorte que l’esprit ne s’intéresse plus qu’à une seule chose, son objet de méditation, et que les obstacles sont éliminés du fait que l’on s’en est détourné.

Abandonnant les désirs du monde, il demeure l’esprit libéré des désirs du monde, son esprit en est purifié. Abandonnant la négativité et la haine… amical et compatissant envers tous les êtres vivants, son esprit est purifié de la négativité et de la haine. Abandonnant la léthargie et la somnolence… percevant la lumière, attentif et voyant les choses clairement, son esprit est purifié de la léthargie et de la somnolence. Abandonnant l’agitation et le remords… le cœur paisible à l’intérieur, son esprit est purifié de l’agitation et du remords. Abandonnant le doute, il demeure, le doute dépassé, sans incertitude quant à ce qui est salutaire, son esprit est purifié du doute.

Lorsque le méditant constate que ces Cinq Obstacles ont été abandonnés, l’allégresse apparaît ; quand cette allégresse grandit, la joie apparaît ; quand il est joyeux, son corps s’apaise ; le corps apaisé, il se sent heureux ; avec ce bonheur, son esprit entre en concentration.
Il perd ainsi tout intérêt pour la sensualité et pour les situations fâcheuses ; il entre et demeure dans la première absorption qui s’accompagne d’une application initiale puis soutenue de l’esprit ainsi que de la joie et du bonheur nés de l’isolement…

Ensuite, avec la cessation de l’application initiale puis soutenue de l’esprit, il entre et demeure dans la deuxième absorption, apaisé à l’intérieur, l’esprit focalisé, sans application initiale ou soutenue de l’esprit mais avec la joie et le bonheur nés de la concentration. Avec cette joie et ce bonheur nés de la concentration, il emplit son corps tout entier, l’imprègne, l’inonde et l’imbibe au point qu’aucune partie ne reste intouchée par cette joie et ce bonheur nés de la concentration…

Ensuite, lorsque la joie s’estompe, il demeure dans l’équanimité, attentif, comprenant les choses clairement, et ressentant un bien-être dans tout le corps ; il entre et demeure dans la troisième absorption dont les êtres nobles disent : « Être équanime et attentif est un état agréable ». Avec ce bien-être [du corps] d’où la joie précédente a disparu, il emplit, imprègne, inonde et imbibe son corps tout entier au point qu’aucune partie ne reste intouchée par ce bien-être [du corps] d’où la joie précédente a disparu…

Ensuite, abandonnant plaisir et douleur après la disparition précédente du bien-être et du mal-être, il entre et demeure dans la quatrième absorption qui n’est ni douloureuse ni agréable et où l’attention est purifiée par l’équanimité. Et il reste assis, imprégnant son corps de son esprit clarifié et purifié au point qu’aucune partie ne reste intouchée par cet esprit clarifié et purifié. (D.I,71)

Cette citation est un exposé des quatre niveaux de concentration de plus en plus profonds appelés « absorptions méditatives » ou jhāna et des différents facteurs qui les caractérisent. Comme nous l’avons vu plus haut, pendant la concentration profonde tous les obstacles sont mis en suspens mais, une fois la concentration terminée, ils réapparaissent même s’ils sont souvent atténués temporairement par les effets de la concentration. L’intérêt de développer cette concentration consiste à créer un environnement mental clair et paisible où les choses peuvent être vues telles qu’elles sont réellement, y compris les obstacles.

Avec une clarté d’esprit exceptionnelle, la vérité ultime de l’impermanence, de l’insatisfaction et de l’impersonnalité est réalisée, et toutes les pollutions qui obscurcissent l’esprit, y compris les obstacles, sont définitivement éradiquées. Ce processus fonctionne généralement de manière progressive, par étapes, les différents obstacles se résolvant peu à peu au fil des degrés d’éveil (pour plus de détails, voir le dernier chapitre).

Source du texte   Dhamma de la forêt