Dans le discours du Bouddha sur « les quatre fondements de l’attention » (satipaṭṭhāna), les obstacles sont présentés différemment. Là, le Bouddha nous recommande de les investiguer en profondeur pour comprendre ce qu’ils sont, comment ils apparaissent, comment ils cessent et comment on peut les empêcher d’apparaître à l’avenir. Autrement dit, il s’agit de faire un sérieux travail jusqu’à leur disparition définitive.

Et comment, en ce qui concerne les phénomènes mentaux contemple-t-on les phénomènes mentaux ? Voici : pour ce qui concerne les phénomènes mentaux, on les contemple au niveau des Cinq Obstacles. Comment ?

Voici : si le désir sensoriel est présent en soi, on sait : « Le désir sensoriel est présent en moi » ; si le désir sensoriel n’est pas présent en soi, on sait : « Le désir sensoriel n’est pas présent en moi ». Et on sait comment le désir sensoriel non apparu peut apparaître, comment le désir sensoriel apparu peut être éliminé, et comment éviter à l’avenir l’apparition du désir sensoriel éliminé.

Et puis, si la négativité est présente… la léthargie et la somnolence … l’agitation et le remords… le doute est présent en soi, on sait : « Le doute est présent en moi ». Si le doute n’est pas présent en soi, on sait : « Le doute n’est pas présent en moi ». Et on sait comment le doute non apparu peut apparaître, comment le doute apparu peut être éliminé, et comment éviter à l’avenir l’apparition du doute éliminé.

Ainsi, pour ce qui concerne les phénomènes mentaux, on demeure contemplant les phénomènes mentaux intérieurement, ou on demeure contemplant les phénomènes mentaux extérieurement, ou on demeure contemplant les phénomènes mentaux à la fois intérieurement et extérieurement. On demeure contemplant la nature d’apparition dans les phénomènes mentaux, ou on demeure contemplant la nature de disparition dans les phénomènes mentaux, ou on demeure contemplant à la fois la nature d’apparition et de disparition dans les phénomènes mentaux. Ou encore, l’attention au fait qu’il y a des phénomènes mentaux est établie dans la simple mesure nécessaire à une connaissance pure et à une attention soutenue. Et on demeure indépendant, ne s’attachant à rien dans le monde. (M.I,60)

Dans ce sutta, le développement de l’attention suit une progression. Il y a d’abord la conscience du corps puis des ressentis et des états d’esprit. Au fil de cette progression, le méditant développe de plus en plus de force et de finesse dans sa prise de conscience des phénomènes. Les sensations corporelles sont assez tangibles, les trois types de ressentis [agréables, désagréables ou neutres] sont relativement faciles à discerner, et ensuite seize états d’esprit sont clairement mentionnés.

En général, un accroissement significatif de la capacité d’attention est indispensable pour voir clairement la grande diversité de nos états d’esprit, sans compter leur fluidité et la rapidité avec laquelle ils changent.

Ensuite, nous en arrivons au quatrième thème des fondements de l’attention : développer l’attention à cinq catégories de phénomènes mentaux (dhamma) particuliers dont font partie les Cinq Obstacles. Ils arrivent donc à un niveau avancé dans la progression du développement de l’attention. Si l’esprit est obsédé par le désir ou la négativité, ou s’il est envahi par la somnolence, l’agitation ou le doute, il est difficile d’être clairement conscient des dhamma. C’est pourquoi il est important d’être fermement ancré dans l’attention en commençant par développer la conscience du corps, des ressentis et des états d’esprit. On peut espérer qu’ensuite on sera en mesure d’avoir une perspective plus claire sur les obstacles. Si on essaie d’en être conscient au tout début de la pratique, on risque d’être happé par eux ou d’être prisonnier du doute : « Que suis-je vraiment en train d’observer ? » Par contre, si on est bien ancré dans la conscience du corps, on peut toujours revenir dans cette direction en recoupant les observations : « Quel est l’état de mon corps ? Manque-t-il d’énergie ? En a-t-il trop ? » Grâce au corps, on peut reconnaître si on est en proie à la léthargie ou à l’agitation. On peut ainsi générer une conscience plus claire des obstacles grâce à la conscience de la façon dont ils s’expriment dans le corps.

Bien entendu, développer l’attention selon une progression systématique est une proposition pédagogique. Dans la réalité, nous sommes généralement assaillis par toutes sortes d’obstacles à différents degrés d’intensité, alors que nous sommes encore en train de développer l’attention au corps et la concentration. Ces obstacles apparaissent principalement sous forme de vagabondages de l’esprit, distractions, pensées perturbatrices, évocation de souvenirs ou rêveries.

Au début, l’intention est de maintenir une certaine continuité dans l’attention focalisée et la conscience de l’objet de méditation – par exemple, l’attention à la respiration. Mais si des obstacles vous distraient vraiment sérieusement de votre objet de méditation, il est possible que certains des exercices décrits dans les pages suivantes vous aident à réduire leur impact.

Cependant, il est généralement difficile de s’engager dans une investigation objective et profonde des Cinq Obstacles tant que l’on ne s’est pas posé dans un certain degré de calme concentré et de clarté attentive.

Source du texte   Dhamma de la forêt