L’attention

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

La première étape du travail sur la négativité consiste à être clairement attentif à cet état d’esprit. C’est très important dans la mesure où nous avons une forte tendance à vouloir l’éviter, le changer ou nous en éloigner d’une manière ou d’une autre.

Cependant, si nous ne comprenons pas clairement ce qu’est la négativité sous toutes ses formes et quelles sont ses tactiques, nous ne pouvons pas travailler sur elle avec honnêteté et une véritable connaissance.

Dans le discours sur les « quatre fondements de l’attention » (M. sutta 10 ; D. sutta 22), il est demandé d’être conscient aussi bien des états d’esprit d’aversion que de négativité. Cela peut paraître très facile mais, comme cet état d’esprit est désagréable par nature et qu’il apparaît du fait d’un ressenti déplaisant, en être conscient est généralement plus facile à dire qu’à faire.

Si nous tenons également compte du fait que nous avons passé toute notre vie à éviter et à résister à la négativité, nous comprenons qu’il est effectivement nécessaire de faire un effort délibéré pour en avoir une claire conscience.

Cette force d’attention, une fois suffisamment établie, permet d’objectiver cette émotion volatile, et d’observer ainsi ses manifestations très simplement, sans juger ni réagir.

En outre, quand l’attention est raisonnablement bien établie,
nous pouvons observer les premières étapes de l’apparition de la négativité avant qu’elle ne devienne trop forte.

Avec vigilance nous pouvons repérer les causes qui la provoquent et les traiter habilement avant que ne s’enclenche le cycle de l’aversion.

La méthode la plus efficace consiste à être attentif aux sensations corporelles associées à la négativité, en particulier les contractions physiques.

Bien que généralement déplaisantes, elles ont au moins l’avantage d’être plus tangibles et plus stables que les expressions mentales.

Une fois que nous nous sommes familiarisés avec ces sensations, nous pouvons les utiliser comme une base à partir de laquelle nous pourrons observer certaines des expressions mentales plus éphémères comme, par exemple, l’évitement.

On remarquera peut-être que, quand il a conscience d’une douleur, l’esprit a tendance à regarder ailleurs.

Il est difficile parfois de maintenir son attention sur la douleur.

Toutefois nous devons essayer d’investiguer objectivement ce ressenti déplaisant et la réaction négative qu’il induit. Agir ainsi va nous aider à rediriger notre relation à la douleur : au lieu d’en être le sujet, nous en devenons l’observateur.

L’une des manières les plus simples de résoudre la négativité est d’être juste conscient de l’effet qu’elle a sur nous physiquement et mentalement.

Que ressent-on quand on est négatif ? Regardez-vous dans le miroir.

Comment vous comportez-vous quand vous êtes négatif ?

Que dites-vous ?

Que dit votre corps ?

Tout cela est-il agréable ?

Il y a une pratique utile un peu particulière qui nécessite un bon niveau d’attention. Elle consiste à séparer l’énergie de négativité/aversion de son objet.

Comme vous vous en êtes certainement aperçu, il y a une énergie considérable dans la réaction d’aversion et, bien qu’il puisse y avoir un élément particulier qui l’a déclenchée, la plus grande partie de cette énergie vient en réalité de l’accumulation de blessures non résolues que nous gardons en nous.

Souvent, l’élément déclencheur n’a rien à voir avec le véritable problème – ce n’est qu’une amorce.

Avec une plus grande conscience de la nature conditionnée de la réaction d’aversion, nous pourrons peut-être moins nous focaliser sur l’objet d’aversion et étudier l’énergie qui la sous-tend.

Elle a ses propres formes et sa propre manière de s’exprimer mais d’où vient-elle vraiment ?

Et parfois nous réussirons à nous « brancher dessus » et à la rediriger de manière plus productive.

Source du texte   Dhamma de la forêt