Mécontentement ou résistance

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Bien sûr, nous ne sommes généralement pas enclins à investir trop d’énergie dans une chose dont nous sommes mécontents.

Par exemple, une résistance ou simplement un manque d’intérêt pour la méditation, peut entraîner une perte d’énergie. C’est souvent assez inconscient.

Certaines personnes savent qu’elles devraient méditer, que c’est bon pour elles, mais alors méditer devient une tâche atroce qu’elles se sentent obligées de faire. Cette attitude n’est généralement pas très propice à une approche énergique.

Parfois, surtout si la méditation est sur le point de révéler des aspects de soi douloureux ou inconfortables, une certaine forme de résistance peut se glisser pour court-circuiter le processus.

À d’autres moments, il arrive que l’on cultive une attitude négative ou de rejet par inadvertance, par exemple lorsque les gens comprennent mal l’enseignement sur le lâcher-prise et le transforment en refoulement ou bien lorsqu’ils croient pratiquer le non-attachement et tombent dans le rejet.

La première année où j’ai médité en Thaïlande, j’avais un problème d’endormissement pendant l’assise. Au début, j’ai mis cela sur le compte de choses évidentes comme la chaleur tropicale, la fatigue physique, la torpeur de l’esprit, etc.

J’ai tout de même essayé différentes techniques pour m’en libérer : je méditais aux moments où j’étais normalement complètement réveillé, je m’asseyais en plein air, j’ai même pris de la caféine juste avant de m’asseoir, mais la situation ne faisait qu’empirer.

C’est devenu sérieux au point qu’à peine assis en méditation je devenais quasiment inconscient. Je pouvais rester une heure entière comme cela et, quand je me réveillais, je n’avais pas la moindre idée d’où j’étais passé pendant tout ce temps.

Je me suis dit que le problème était grave et je me suis arrangé pour aller dans un centre de méditation où je trouverais de l’aide. Quand j’ai parlé à l’enseignant de ce problème de somnolence, il m’a simplement dit : « Soyez simplement attentif à la somnolence. »

Je n’ai pas trouvé cela d’une grande aide mais voilà, j’étais coincé dans ce centre de méditation pour trois mois sans avoir rien d’autre à faire qu’observer la somnolence ! Et c’était très intéressant.

Le premier mois, j’ai remarqué que ce dont je faisais l’expérience n’était pas vraiment seulement de la somnolence mais plutôt un ressenti neutre qui conditionnait la somnolence.

Le deuxième mois, j’ai réalisé que ce qui conditionnait le ressenti neutre était de l’indifférence. C’est ainsi que j’ai vu la séquence causale que j’avais créée.

Pendant que je méditais seul dans le monastère au nord de la Thaïlande, j’avais été perturbé par ce que j’appelais des pensées d’inquiétude.

Je vivais en Thaïlande mais sans avoir le moindre projet d’avenir : « Que vais-je faire ? Devrais-je rester ? Devrais-je partir ? »

Dans le Chemin de la pureté que je lisais, il était dit que le moyen de se libérer de l’inquiétude était la méditation sur l’équanimité. Alors, j’ai essayé de développer l’équanimité mais en réalité j’ai créé de l’indifférence – le proche ennemi de l’équanimité.

Je n’étais plus inquiet mais j’étais tombé dans la torpeur et, au bout d’un certain temps, la somnolence est devenue si aigüe qu’elle a occasionné des soucis d’un autre ordre : chaque fois que je m’asseyais en méditation, j’adoptais cette attitude d’indifférence qui est une manière de se couper de l’expérience vécue et cela entraînait une tonalité de ressenti neutre qui conditionnait la somnolence.

Ce qui m’a permis de sortir de cette impasse fut la prise de conscience du processus conditionné de la somnolence, ce qui supposait de s’y intéresser vraiment et de l’analyser en profondeur.

L’indifférence créait une attitude condescendante, laquelle causait une tonalité de ressenti neutre et un manque d’intérêt qui minait toute énergie et aboutissait à la somnolence.

La leçon que j’ai retenue, c’est que la somnolence a une cause et que, pour s’en libérer, nous devons remonter à la source.

Source du texte   Dhamma de la forêt