Le piège de la tranquillité

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Certaines personnes tombent également dans ce que j’appelle « le piège de la tranquillité ».

Elles pensent que la méditation est simplement une question de tranquillité et elles font donc beaucoup de méditation assise et ont un style de vie calme et paisible.

Il arrive même qu’elles se mettent à manger moins et à être moins actives.

Elles remarquent que lorsque le corps se calme l’esprit se calme, et lorsqu’elles voient des résultats, elles adoptent cette façon de faire qui devient une habitude.

Cependant, le plus souvent l’esprit ne se calme pas du fait d’un développement positif de la concentration mais plutôt à cause d’un manque de stimulation.

Lorsque l’esprit n’est pas dérangé par le corps, il semble être calme mais c’est peut-être aussi parce qu’il manque de clarté ou d’énergie.

Ce genre de calme est plus proche de la léthargie que d’une paix vibrante.

En outre, le corps risque de commencer à s’affaiblir par manque d’exercice, d’attention, ou de soins appropriés. C’est ce qui m’est arrivé quand j’ai commencé la méditation en Thaïlande. À l’origine, j’y suis allé pour trouver un environnement propice à une retraite de méditation.

J’avais appris la méditation au Sri Lanka, mais en retournant à l’université de Vancouver, j’ai eu beaucoup de mal à poursuivre la pratique. Il faut dire que nous étions plusieurs étudiants à vivre dans une grande maison, de sorte qu’il y avait constamment de la musique (mon voisin de palier était musicien de rock !), des discussions stimulantes et une vie sociale active.

J’ai donc décidé d’arrêter mes études pendant un an pour faire une retraite de méditation intensive en Thaïlande qui remettrait ma pratique sur de bons rails.

Lorsque je suis finalement arrivé après presque six mois de voyage à travers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Inde, j’étais impatient, voire désespéré, de reprendre la méditation. Je me suis lancé dans un programme intensif de marche et d’assise méditatives à raison de 16 heures par jour.

Après quelques difficultés initiales à me poser, j’ai bientôt commencé à éprouver des états d’esprit très paisibles. J’étais tellement obsédé par la méditation que je mangeais à peine et ne faisais que peu d’exercice, mis à part la méditation en marche lente.

Cependant, au bout d’environ trois mois, ma santé a soudain décliné et ma tranquillité mentale s’est effondrée avec elle. Je me suis retrouvé étendu sur mon lit, épuisé, tandis qu’un flot de pensées, de souvenirs et d’émotions déferlait dans mon esprit.

J’ai considéré ma situation et la première pensée a été : « Cette méditation ne marche pas. Je perds mon temps. Je ferais mieux de faire mes bagages et de rentrer chez moi. »

Peu de temps après, cependant, j’ai pris un livre et la première chose que j’ai lue était : « L’Octuple Sentier comprend trois parties : la moralité, la méditation et la sagesse ».

Oh oui, la sagesse. Quelle était cette partie, la sagesse ? La sagesse consiste à comprendre comment l’esprit crée des problèmes, pas simplement à les tranquilliser (comme je l’avais fait). J’ai soudainement eu une perspective complètement nouvelle de ma situation.

Bien que ma maladie ait été un obstacle au calme de l’esprit, elle s’est avérée être une source de grande sagesse.

La première leçon importante a été que la tranquillité est une expérience conditionnée et très impermanente.

La deuxième leçon était que je devais étudier ces perturbations mentales afin de découvrir comment elles avaient été créées. Et cela nécessitait un corps et un esprit sains.

Dans le Canon pāli (AI, 3), les causes fondamentales de la léthargie et de la somnolence sont : le mécontentement (arati), la lassitude (tandī), la paresse (vijambhitā), la somnolence après les repas (bhattasammado) et la mollesse de l’esprit (cetaso ca līnattam) ».

Source du texte   Dhamma de la forêt