Patience, persévérance et détermination

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Les vertus discrètes que sont la patience, la persévérance et la détermination nous apportent une autre forme d’énergie. Il ne s’agit pas d’une décharge de force de volonté instantanée mais de la capacité à « s’y tenir » au quotidien grâce à une vision sur le long terme qui nous aide à poursuivre envers et contre tout.

Il faut énormément de persévérance et de détermination pour continuer à s’entraîner à la méditation quand l’esprit n’est pas encore développé et qu’il est en proie à un ou plusieurs obstacles. Sans compter que l’esprit humain a une tendance négative qui le pousse à se focaliser davantage sur les problèmes que sur les succès (16). Ainsi, les difficultés de la vie paraissent beaucoup plus graves qu’elles ne le sont en réalité. En étant patient, on permet au temps de redonner aux choses leurs justes proportions.

Cela ne veut pas dire que nous allons réussir à tous les coups mais que, si nous échouons, nous continuerons à avancer. Quoi qu’il arrive, la pratique se poursuivra régulièrement, patiemment. On obtiendra parfois des résultats visibles mais ce ne sera pas systématique.

Cependant, la continuité de la pratique récupère tout ; toutes les expériences aident à fertiliser le terrain. La détermination nous permet de tirer parti aussi bien des moments d’inspiration que d’absence d’inspiration, des succès comme des échecs, des hauts comme des bas. Tous font maintenant partie du tableau ; la vérité englobe tout.

Il est très intéressant de remarquer ce qui ne nous apporte aucune énergie ou comment nous perdons de l’énergie. Quand l’énergie est présente, très bien, nous en tirons parti ; mais quand elle est absente, nous avons une autre carte dans la manche : notre détermination à poursuivre la vérité jusqu’au bout.

« Détermination » ne s’écrit pas forcément toujours avec un D majuscule. Il peut s’agir, par exemple, d’un engagement concret pour une durée limitée.

Les obstacles sont parfois épuisants mais si nous décidons de « faire un essai » pendant une semaine, un mois ou un an, nous pourrons peut-être mettre le doute en suspens et orienter toute notre énergie vers la pratique. Quand la limite de temps prévue est atteinte, nous réévaluons la situation et nous aurons peut-être envie de nous réengager pour une autre période de temps. Il s’agit là d’une méthode de travail très efficace, en particulier dans la pratique spirituelle.

Nous avons des idées sur la pratique mais elles ne sont généralement pas en phase avec la réalité. Si nous nous appuyons exclusivement sur ces idées, nous serons inévitablement déçus et désillusionnés. Nous pouvons malgré tout les garder temporairement tandis que nous engrangeons une certaine expérience de terrain puis, peu à peu, intégrer la nouvelle expérience aux anciennes idées pour arriver à une compréhension plus sage.

Cela fait longtemps que nous développons et alimentons des habitudes préjudiciables ; elles ne vont donc pas disparaître en un jour. Nous pourrons peut-être résoudre certains aspects mais les mauvaises habitudes réapparaîtront plus tard sous d’autres aspects, sous une autre apparence, plus subtile et moins perceptible.

Je pense que l’une des faiblesses de notre société moderne est due au fait que les gens n’investissent pas assez de patience et de détermination dans leur pratique. Nous sommes tellement habitués à ce que tout arrive instantanément que nous exigeons des résultats immédiats.

Mais le fruit du travail sur les obstacles n’est pas simplement d’en être débarrassé ; c’est plutôt le fait de les étudier soigneusement, minutieusement, pour arriver à cette sagesse subtile qui permet de savoir comment les obstacles consolident l’identification à un « moi ».

(16) Hanson : « Votre esprit est comme du Velcro pour les expériences négatives et du Téflon pour les positives, même si la plupart de vos expériences sont probablement neutres ou positives. » Les personnes particulièrement sujettes aux fortes réactions émotionnelles trouveront utile d’étudier le chapitre 5 de ce livre sur les méthodes destinées à « refroidir l’incendie ».

Source du texte   Dhamma de la forêt