Les bons amis/enseignants (le Sangha)

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Certains types de doutes, même s’ils ne sont pas totalement résolus, peuvent tout au moins être atténués par des personnes capables de faire des suggestions, d’orienter votre pratique ou de vous encourager.

Bien sûr, c’est d’autant plus utile lorsqu’il s’agit de personnes avec lesquelles vous avez une profonde affinité ou qui ont une empathie particulière pour vos problèmes.

Certains enseignants répondront simplement : « Vous devez développer davantage l’attention », tandis que d’autres, ayant vécu des situations similaires, ont des réponses que vous sentirez fondées sur une expérience personnelle.

Ajahn Chah était un enseignant expérimenté et particulièrement doué pour guider toutes sortes de personnes différentes, y compris des Occidentaux.

Quand j’étais avec Ajahn Chah, je me disais : « Ce serait vraiment bien s’il me disait que je pratique bien. » Mais c’était un excellent enseignant, donc il ne risquait pas de tomber dans ce piège. Si quelqu’un était vraiment perdu dans les doutes ou en pleine confusion, il l’encourageait : « Oui, tu avances bien, continue. » Mais si une personne qui avait une méditation bien établie venait lui demander : « Que pensez-vous de ma pratique ? », il répondait : « Je ne sais pas. Qu’en penses-tu, toi ? »

Il nous encourageait à tourner le regard vers l’intérieur, à être à l’écoute de notre propre expérience, de notre propre esprit.

Il plaisantait même à propos des enseignants qui donnaient des entretiens à leurs élèves : « Si vous ne connaissez pas vous-même votre esprit, comment voulez-vous que le maître le connaisse ? »

Au début, j’avais beaucoup de mal à « m’interviewer moi-même » ou à essayer d’évaluer objectivement mes expériences de méditation, surtout après avoir passé des d’années en tant qu’étudiant à être évalué par d’autres.

Cependant, développer cette « connaissance de soi » et lui faire de plus en plus confiance sont des éléments clés pour pouvoir affiner la pratique et l’adapter à sa propre voie.

Nous pouvons donc apprendre à nous demander comment va notre pratique, ou du moins, comment nous pensons qu’elle va, puis essayer de vérifier cela auprès de quelqu’un de plus expérimenté.

Parfois, la perception de soi est surestimée.

Cela dit, auprès d’Ajahn Chah, il était difficile de se surestimer – il était très doué pour désenfler l’ego. Sinon, il est bon d’avoir un ami qui puisse faire des remarques honnêtes sur notre pratique.

Lors d’une visite à Wat Pah Nanachat, j’ai eu une conversation avec Ajahn Sumedho et je peux dire qu’en une trentaine de minutes, il a répondu à mon arriéré de trois ans de questions (j’avais déjà trouvé certaines réponses mais je souhaitais en avoir confirmation.)

J’ai alors pleinement compris combien il est bon d’avoir un enseignant expérimenté pour orienter nos efforts, même si chacun doit avancer seul sur la voie.

L’une des principales causes pour lesquelles certains méditants s’égarent est l’absence de guide, de bons amis ou d’autres sources d’informations sur la pratique spirituelle.

Lorsque nous sommes sur le terrain étroit de l’exploration spirituelle, il est facile de penser que nous sommes uniques et spéciaux.

Source du texte   Dhamma de la forêt