La moralité

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

En second lieu, un solide fondement éthique est essentiel pour travailler avec les obstacles. Il faut déjà une bonne dose de générosité pour se défaire de ses vieilles habitudes, de ses façons d’agir, de ses pulsions. Il faut apprendre à les abandonner pour pouvoir suivre les directives impersonnelles données par les préceptes.

Le mot sila, normalement traduit par « moralité », signifie littéralement « habitudes ». Pratiquer la moralité signifie abandonner les vieilles habitudes et essayer d’en développer d’autres, plus justes : une manière juste de parler et de nous comporter dans nos relations avec le monde. Cela revient à dire que, plutôt que de nous relier aux autres dans une perspective égoïste – « ce qui est bon pour moi » –, nous apprenons à fonctionner davantage d’un point de vue altruiste.

Au lieu de tuer celui qui vous a offensé, vous lui permettez de vivre ( ! ) et cela implique abandonner vos réactions égoïstes, sortir du sentiment de votre propre importance et lâcher ce que vous considérez être juste. Cela signifie aussi permettre aux autres d’occuper une place dans votre cœur en tant que membres de cet univers généreux.

Les préceptes moraux peuvent également servir de réservoir sain, stable et sûr à l’intérieur duquel travailler intelligemment sur les obstacles. Par exemple, quand on travaille sur les obstacles du désir sensoriel et de la négativité, il est très important de pouvoir les reconnaître avant qu’ils ne s’expriment.

Si nous ne sommes pas bien ancrés dans un comportement sain et éthique, nous risquons d’essayer de nous ouvrir à certaines des forces qui génèrent le désir ou la colère et déclencher ainsi une avidité ou une fureur incontrôlée. Nous risquons de perdre le contrôle ou d’être dépassés par ces énergies volatiles qui peuvent aboutir à de mauvaises actions si elles ne sont pas contenues dans le cadre des préceptes. Ceux-ci nous donnent des directives permettant de mener une vie équilibrée ; or nous laisser aller à agir selon nos pulsions et nos humeurs n’est généralement pas très équilibré – ni pour nous ni pour notre entourage –, d’autant que ce laisser-aller ne fait que renforcer les vieilles habitudes de réactions incontrôlées.

Les préceptes nous rappellent les justes limites au sein desquelles contenir notre comportement et nos énergies personnelles, physiques et mentales. De plus, s’exercer régulièrement à suivre les préceptes nous permet de développer un haut degré de clarté et d’intégrité.

La plupart des gens s’en tiennent aux limites des normes de moralité acceptées par la société. Mais affiner ces normes nous oblige à observer plus attentivement notre comportement et nos paroles, et à être sincères envers nous-mêmes de façon à savoir exactement où nous en sommes par rapport aux préceptes.

Faire semblant d’être plus honnêtes que nous ne le sommes n’est pas seulement prétentieux, c’est se mentir à soi-même. Comment allons-nous être honnêtes à propos des obstacles qui bloquent notre développement spirituel si nous ne sommes pas capables d’être honnêtes pour ce qui concerne nos actes et nos paroles que tout le monde peut voir et entendre ?

Source du texte   Dhamma de la forêt