Le désir des sens

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Brahmane, si on mélange dans une cruche d’eau une teinture orange, jaune, indigo ou pourpre, un homme doté d’une bonne vue qui essaierait d’y voir son reflet, ne le reconnaîtrait pas ou ne le verrait pas tel qu’il est vraiment. Il en va de même pour celui dont l’esprit est envahi par le désir sensuel, submergé par le désir sensuel…

Le premier des Cinq Obstacles est le désir des sens. On peut se demander pourquoi le Bouddha a commencé par un sujet aussi épineux. Il aurait pu commencer plus modérément avec le doute, par exemple. Je ne veux pas préjuger du choix du Bouddha mais ma réponse serait que le thème du désir est le plus important dans la pratique spirituelle.

Fondamentalement, être préoccupé par les désirs du domaine sensoriel est ce qui nous distrait et nous empêche d’accéder aux expériences spirituelles plus subtiles. Le désir des sens est également le seul obstacle qui a des côtés agréables même s’il est souffrance par nature. La poursuite des plaisirs des sens, tant qu’elle reste légale, n’est pas décriée par la société ; au contraire, satisfaire les désirs sensoriels est même pour beaucoup, le principal but dans la vie.

Je dois faire attention à ce que je vais dire pour expliquer le désir sensoriel sans éveiller les désirs du lecteur ! Autrement dit, donner du sens au désir des sens sans désir ! Et tel est vraiment l’objectif majeur dans ce domaine car nous recevons tous des milliers d’impressions sensorielles à différents degrés au cours de la vie ordinaire. Comment nous relier à elles sans qu’elles deviennent un obstacle, une obsession ou une addiction ?

Je dois ajouter que nombreux sont ceux qui trouvent ce thème assez difficile à aborder du fait de leur relation amour-haine ambigüe avec le désir des sens. D’un côté, nous aimons tous le plaisir de la gratification sensorielle mais nous connaissons aussi la frustration et la déception qui sont le revers de cette recherche du plaisir et, en général, nous détestons en être esclaves. Cependant, il est nécessaire de comprendre ces forces qui jouent un très grand rôle dans notre vie, faute de quoi nous serons constamment dévastés par elles.

Le Bouddha avait un regard très précis sur le désir des sens. Le terme pāli utilisé est kāmachanda, ce qui signifie littéralement « plaisir sensoriel » ou « sensualité ». La meilleure traduction de chanda est « désir » mais ce mot se réfère aussi au fait de vouloir, de souhaiter, à l’intention et à la volonté.

Dans plusieurs enseignements, il est remplacé par un terme proche mais plus dynamique : raga, la luxure ou la passion. Cette passion pour les plaisirs des sens (kāmarāga) est la quatrième des dix entraves (samyojana) qui lient les êtres au cycle de la renaissance et la première des « tendances sous-jacentes » (anusaya).

Le terme kāma- chanda veut dire plus précisément « désir de plaisirs sensoriels » et on le raccourcit en « désir sensoriel ».

Ce thème se subdivise donc en deux parties : les plaisirs des sens et le désir ou la passion que ceux-ci peuvent engendrer.

Source du texte   Dhamma de la forêt