Énergie et volonté

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Toute forme d’énergie excessive, physique ou mentale peut générer de l’agitation.

Comme l’agitation est le contraire de la léthargie, le remède consistant à développer de l’énergie pour dépasser la léthargie risque d’être trop efficace et d’engendrer de l’agitation.

Il arrive que, par inadvertance, nous sur-stimulions l’énergie. Certains exercices physiques tels que le yoga ou le taï-chi, utiles pour générer de l’énergie, peuvent également entraîner une surproduction
d’énergie, provoquant une agitation.

Personnellement, je trouve que faire des exercices de yoga le soir est trop stimulant pour la méditation (et parfois pour le sommeil). À d’autres moments, des discussions passionnantes, une lecture trop émouvante, sans parler de la télévision et des ordinateurs, peuvent déclencher un syndrome d’agitation difficile à calmer.

L’une des sources les plus insidieuses d’agitation est la force de volonté. Dans le dernier chapitre, j’ai expliqué que la volonté était l’un des moyens de lutter contre la léthargie et la somnolence. Alors, comment peut-elle engendrer de l’agitation ?

Fondamentalement, cela est dû à une volonté exagérément stimulée, autrement dit, une forme d’énergie artificielle ayant des effets secondaires graves.

La volonté est générée et orientée par des concepts axés sur des objectifs et qui renforcent l’ego. L’ego a une idée conceptualisée de ce qu’il veut et il dirige la volonté pour l’obtenir.

Le premier problème avec la volonté est qu’elle est liée à des concepts et donc pas en harmonie avec la réalité. Nous finissons par poursuivre un concept qui ne correspond pas à ce qui se passe réellement, de sorte que nous sommes déçus, insatisfaits et agités.

Le deuxième problème est que la volonté est systématiquement axée sur des objectifs et lorsque l’objectif n’est pas atteint – ce qui est inévitable – on se retrouve encore déçu, insatisfait et agité.

Le troisième problème est que la volonté fortifie l’ego, donc soit nous restons au niveau de pratique de l’ego (frustrés et agités), soit, si la pratique se déroule bien, nous perturbons l’ego et terminons encore une fois déçus, insatisfaits et agités.

Cependant, il est possible de prendre conscience que la volonté domine quand on remarque à quel point le « je » est omniprésent dans notre histoire : « J’ai besoin de plus de méditation, il me faut plus de concentration, je… je… je…».

Vous devenez plus tendu physiquement et l’esprit est de plus en plus rigide. Une simple petite quantité de tension sur une certaine période de temps peut clairement intensifier l’inflexibilité.

Lorsque votre corps se contracte, votre esprit se contracte aussi, ce qui va produire un corps agité et un esprit agité.

Source du texte   Dhamma de la forêt