Les trente-deux parties du corps

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

La première série d’exercices proposés par le Bouddha pour développer l’attention a trait à la prise de conscience du corps.

L’un de ces exercices consiste à porter son attention sur trente-deux parties du corps, depuis les cheveux et les organes vitaux jusqu’aux fluides comme le sang et les larmes (voir la liste complète dans l’Annexe 1).

Cette pratique nous permet non seulement de voir notre corps plus clairement, plus directement et avec plus de réalisme mais elle est aussi particulièrement utile lorsqu’apparaît le désir sexuel, généralement dû à une attirance pour diverses parties du corps de quelqu’un sur lesquelles nous fantasmons ou que nous idéalisons jusqu’à un certain point.

Je suis sûr que vous ne tomberiez pas amoureux du foie de quelqu’un, par exemple, ou du moins, cela diminuerait votre ardeur : « Elle a un visage adorable mais je me demande si son foie est aussi beau. » Du fait de cette tendance à ne voir que les parties belles, nous passons à côté des autres aspects du corps, nous n’avons pas une image complète de la réalité ; il nous manque en particulier les parties non belles ou peu attirantes.

Cet exercice de méditation, si nous le développons, nous donne la possibilité d’obtenir une vision plus équilibrée de la véritable nature du corps, lequel n’est, en essence, pas tellement séduisant.

Dans cette liste, les cinq premières parties du corps sont données comme thème de méditation à tous les candidats à la vie monastique de célibat lors de la cérémonie d’ordination. Le maître leur recommande d’étudier régulièrement ces thèmes pour les aider à traiter le problème du désir sexuel.

Ainsi donc, nous commençons par faire l’effort de nous familiariser avec ces parties du corps pour que, lorsque certaines stimulations apparaissent, elles soient supplantées par la nouvelle perception que l’on a du corps.

Dans Le chemin de la pureté, on trouve l’histoire d’un moine qui quêtait sa nourriture tout en pratiquant la méditation sur la perception des os du corps. Une passante s’est moquée de lui en riant et, quand il a levé les yeux, il a vu « les os de ses dents ». Cette image a si fortement frappé son esprit qu’elle l’a plongé plus tard dans une profonde concentration puis une vision pénétrante qui l’ont conduit à l’éveil. De plus, lorsque le mari de cette femme lui a demandé s’il l’avait vue passer, il a répondu qu’il n’avait vu passer qu’un « ensemble d’os ».

Plutôt que rendre cette méditation trop compliquée ou trop abstraite, il est bon d’essayer de l’intégrer à votre vie quotidienne.

Par exemple, en vous coiffant le matin, ayez conscience qu’il s’agit de la perception de cheveux ; si vous vous appliquez une crème sur la peau, reliez le ressenti à la perception de la peau.

À une certaine époque, j’ai passé quelque temps dans un monastère où j’ai eu l’occasion de contempler la nature des dents chaque fois que je brossais les miennes devant le miroir. Plusieurs fois cela a donné lieu à une vision claire et profonde de dents « non-personnelles » et sans « propriétaire ».

L’un des effets secondaires de la pratique régulière de cette méditation est la prise de conscience de la nature composée du corps.

En général, nous considérons le corps comme un organisme harmonieux et interconnecté. Pourtant, dans son essence, il s’agit en réalité d’une étonnante combinaison d’innombrables parties interdépendantes, chacune d’elles étant une entité incroyablement complexe et parfaitement construite.

En fait, il est quasi miraculeux qu’elles puissent fonctionner et coopérer assez longtemps pour permettre à un corps humain de survivre.

Quand le corps est décomposé en parties séparées, où est donc son essence ?

Source du texte   Dhamma de la forêt