Le facteur d’éveil de l’investigation des phénomènes

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Le facteur d’éveil de l’investigation des phénomènes découle de l’attention.

Quels sont précisément ces phénomènes ? Ce que nous essayons de faire, au fond, c’est échapper à l’effet «paralysant» et «étouffant» de la léthargie et de la somnolence en changeant notre perspective, en passant du sentiment d’être enveloppés par elles au sentiment d’en avoir pleinement conscience.

Une fois que nous distinguons clairement la léthargie et la somnolence sous leurs diverses formes et leurs divers degrés d’intensité, nous pouvons les examiner de manière approfondie.

Comment et quand surviennent-elles ? Ce processus peut apporter une certaine énergie à l’esprit

a) en suscitant l’énergie nécessaire à l’investigation,

b) en faisant de notre présence consciente un outil d’analyse,

c) en créant une certaine « surexcitation » du fait de la compréhension des causes du problème.

L’un des moyens concrets de développer l’investigation consiste à générer un intérêt pour l’exploration de la pratique spirituelle.

Il est très bénéfique d’aborder la pratique de la méditation avec l’intention d’observer de près le corps et l’esprit, plutôt qu’avec un plan préconçu de ce que devrait être la pratique spirituelle : « Je vais éliminer les Cinq Obstacles, développer les sept facteurs d’éveil et j’atteindrai l’entrée dans le courant ! »

La pratique spirituelle ne répond jamais à nos attentes auto-imposées, et avoir de telles attentes entraîne généralement déception, découragement et perte d’énergie.

Cependant, si nous pouvons transformer notre déception en un intérêt pour les processus que nous traversons, nous pouvons générer une autre source d’énergie.

Avec une bonne investigation, nous pouvons briser les vieilles habitudes étouffantes et paralysantes : « Que se passe-t-il donc ici ? »

L’investigation méditative est un outil qui permet d’explorer le corps et l’esprit afin de découvrir la véritable nature des choses.

Nous pouvons pratiquer ainsi même avec un objet de méditation ordinaire comme la respiration.

Et si vous vous y intéressiez davantage ? Plutôt que le considérer comme un exercice superficiel, commencez à l’explorer plus attentivement : « Qu’est-ce que ce processus de respiration ? »

Il y a une profonde expérience dynamique en cours, pas seulement un concept répétitif de respiration : la respiration pénètre dans le corps, elle le gonfle ; il y a un instant de pause et puis l’air ressort.

Au fur et à mesure que nous éclaircissons la nature de ce processus, cela peut devenir tout à fait passionnant. Difficile d’imaginer que la respiration soit passionnante – peut-être pendant les premières respirations mais ensuite la mémoire bloque tout.

Mais si vous restez vraiment présent à l’immédiateté du souffle, chaque respiration est totalement nouvelle : on n’inspire jamais deux fois le même air – sous peine d’asphyxie ; vous remarquez que la façon dont la respiration change dépend de l’état d’esprit et de l’état du corps.

Vous pouvez vous intéresser de plus en plus à la façon dont le corps affecte l’esprit, à la façon dont l’esprit affecte la respiration et, si l’intérêt est présent, le processus devient très absorbant et génère de l’énergie.

Ce que nous sommes en train de faire, c’est transformer l’observation du souffle en un objet d’étude et d’investigation au lieu de nous contenter de suivre une pratique religieusement.

Nous pouvons appliquer cette attitude à l’exploration de la nature de la léthargie et de la somnolence, de leur cause et de leur cessation.

Bien sûr, le « truc » consiste à entamer ce processus d’enquête avant d’être complètement englouti.

Si tout va bien, c’est ce que l’attention peut révéler en nous ouvrant un espace d’exploration.

Il est assez exaltant d’explorer quelque chose pour en découvrir toute la vérité.

Source du texte   Dhamma de la forêt