La sphère des sens

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Nous avons vu que le Bouddha a enseigné qu’« échapper aux désirs des sens » signifie comprendre clairement leur origine.

Puisque les désirs sensoriels dépendent des sens, développer une claire conscience du processus de perception au moment où il se produit à travers les sens est une façon déterminante de comprendre comment apparaît le désir d’impressions sensorielles.

Il est bon de connaître le processus intellectuellement pour pouvoir observer plus clairement la série de mouvements qui se mettent en marche, le plus souvent à la vitesse de l’éclair. Mais bien sûr, il sera indispensable d’observer le processus directement par soi-même, d’autant qu’il peut y avoir de nombreuses nuances.

Les perceptions sensorielles se produisent dans le courant de la vie ordinaire, mais l’une des premières choses que nous observons, c’est que la perception n’est finalement que fonctionnelle, elle se produit simplement pour enregistrer les impressions.

Nous remarquons aussi très vite que nous ajoutons beaucoup de poids subjectif à nos perceptions : nos goûts et nos répugnances, nos envies et nos rejets. Certaines impressions sensorielles vont peut-être éveiller des souvenirs, des émotions ou des réactions et celles-ci deviennent des impressions mentales qui, à leur tour, déclenchent davantage de réactions.

La deuxième chose que nous observons au niveau des perceptions sensorielles, c’est à quel point elles sont différentes, variées et changeantes.

Nous voyons la même scène plusieurs fois et chaque fois notre impression est différente. Est-ce vraiment la même scène ? Ces yeux sont-ils les mêmes ? Et l’esprit qui perçoit tout cela est-il identique à la première fois ? Si nous comprenons que les sens et les perceptions ne sont pas fiables, pourquoi les désirer ? C’est comme désirer un mirage.

Certaines des choses que nous percevons ne sont que des fantaisies, des illusions. Si nous parvenons à comprendre plus clairement la nature de nos sens – pas juste intellectuellement mais en voyant bien comment nos perceptions sont déformées – nous réaliserons peut-être qu’en fait nous désirons des choses très incertaines, de sorte qu’il est stupide de continuer à les rechercher.

Source du texte   Dhamma de la forêt