La mauvaise façon d’investiguer

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

Cela signifie que nous cherchons des réponses en partant d’une certaine compréhension des choses, tandis que la réponse se trouve dans une autre façon de comprendre.

Dans le bouddhisme, ceci est très clairement exprimé par « les trois modes de compréhension » :

. la pensée (cintā-mayā-paññā),

. l’apprentissage (suta-mayā-paññā)

. et la réalisation directe par la méditation (bhāvanā-mayā-paññā) (D.III, 219). ).

Penser et apprendre sont des façons de comprendre qui sont filtrées par l’interprétation personnelle.

C’est seulement en calmant les interprétations personnelles par le biais de la méditation que nous pourrons aller au-delà des limites imposées par le « moi ».

C’est pourquoi la façon la plus complète d’accéder à la connaissance passe par la compréhension qui résulte de l’expérience personnelle.

Certaines personnes sont d’excellents penseurs et sont capables d’articuler leurs pensées de manière à les rendre très convaincantes pour eux-mêmes et pour les autres.

Cependant, si ces points de vue réussissent trop facilement à convaincre ou s’ils n’incluent pas l’inconditionné, s’ils encouragent l’adhésion au lieu de pointer vers une réalisation personnelle directe, il est probable qu’ils ne sont qu’un système de croyance bien affiné intellectuellement mais qui ne vient pas d’une réalisation directe de la part de celui qui les exprime.

Une trop grande confiance en la pensée engendre inévitablement le doute, car on ne sait jamais tout – même si certaines personnes pensent savoir, au lieu de savoir qu’elles pensent.

En voici un exemple concret : essayer de comprendre les ressentis corporels ou émotionnels avec la pensée conceptuelle.

Les sensations et les émotions ne sont pas des pensées et ne peuvent donc être réellement comprises que par une prise de conscience directe du ressenti dans son propre mode d’expérience.

Si vous voulez savoir : « Que se passe-t-il mon corps? » et que vous utilisez la pensée, vous obtiendrez seulement une réponse à la question : « Qu’est- ce que je pense que mon corps fait ? »

Pour obtenir la vraie réponse, vous devrez aller au niveau physique, directement au corps.

Le cas extrême consiste à mélanger les deux niveaux de vérité, la vérité conventionnelle et la vérité ultime. C’est ainsi que les gens demandent parfois : « Si tout est vide de « moi » (vérité ultime), qui (vérité conventionnelle) va trouver l’éveil ?

Connaître le sens conventionnel du mot « éveil » n’est pas la même chose qu’en avoir l’expérience directe ultime.

La compréhension par l’apprentissage peut élargir nos horizons et apporter des informations que notre pensée personnelle ne rencontrerait pas.

Cependant, cette forme de compréhension reste limitée car elle reste interprétée par le « moi » et se base sur des concepts, même si elle peut également inclure les interprétations et les concepts d’autres personnes.

Une trop grande confiance dans l’apprentissage peut engendrer une vanité intellectuelle, au point que nous en venons à croire (et à convaincre les autres) que nous connaissons vraiment toutes les réponses, au lieu de reconnaître humblement que nous n’avons que les réponses que nous avons apprises.

En essayant d’obtenir des réponses définitives par le biais de concepts, nous finissons souvent par nous attacher à des points de vue figés, et passons le reste du temps à les défendre : « Cela est vrai et tout le reste est faux ».

Après avoir passé plusieurs années à Wat Pah Nanachat, j’étais déterminé à découvrir qui était le « vrai » Ajahn Chah. Quel était son enseignement principal ? Quelle était sa profonde compréhension du Dhamma ?

J’ai fait un gros effort pour apprendre le thaï afin de pouvoir lui parler directement et apprendre ses secrets (et surtout comprendre ses blagues !).

Cependant, j’étais parfois dérouté parce qu’il ne répondait pas toujours de la même manière aux questions des gens. Je supposais que, puisque c’était un grand maître bouddhiste, il devait y avoir une sorte de cohérence éclairée ou sage dans son enseignement.

Mais quand je l’écoutais, il répondait différemment à la même question ; il n’y avait pas de schéma fixe, pas de cohérence. J’ai commencé à avoir des doutes sur lui.

Et puis un jour, en l’écoutant, j’ai soudain réalisé qu’il n’existait aucune entité fixe qui serait Ajahn Chah. Ce n’était pas quelqu’un qui avait un enseignement figé auquel il se serait tenu.

Il y avait juste un être totalement présent, qui répondait avec attention et sagesse aux situations qui se présentaient. Lorsqu’une personne arrivait et posait une question à partir de son vécu personnel, il se plaçait à son niveau et sa réponse était exactement ce dont la personne avait besoin.

Quelqu’un d’autre venait et posait une question similaire à partir de son propre vécu, et Ajahn Chah trouvait la réponse qui convenait à celui-ci.

Les réponses étaient donc très différentes, mais étant donné le contexte, elles étaient généralement étonnamment astucieuses car il avait l’attention et la concentration nécessaires pour accueillir les personnes au niveau où elles en étaient.

Il connaissait aussi les gens très en profondeur.

Parfois, c’était tellement incroyable que les gens pensaient qu’il pouvait lire dans leurs pensées.

Cependant, je crois que c’était plutôt parce qu’il connaissait parfaitement son propre esprit.

Lorsque nous comprenons notre propre avidité, notre aversion et notre ignorance, nous pouvons aussi comprendre l’avidité, l’aversion, l’ignorance de tout le monde.

Source du texte   Dhamma de la forêt