Peur et angoisse

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

La peur est l’une de ces émotions débilitantes, contagieuses, qui nous vident de toute énergie et qui sont si désagréables que nous évitons de toutes nos forces de les regarder en face.

Le problème est qu’ainsi nous n’arrivons jamais à la comprendre vraiment.

En outre, elle est souvent indistincte et difficile à objectiver (quelle est sa véritable source ?), de sorte que nous pouvons facilement nous laisser entraîner dans un cycle de peur ou une attaque de panique.

On peut dire qu’il existe deux principaux types de réactions de peur étroitement liées : un réflexe instinctif face à tout ce qui peut menacer notre sentiment de « moi », et une réaction existentielle du « moi » à tout ce qui menace son intégrité.

Certaines peurs instinctives sont naturelles et d’autres sont conditionnées, ce sont des habitudes qui se sont développées, en particulier chez les personnes qui ont eu une vie très inquiétante ou instable. Elles peuvent avoir une grosse accumulation de traumatismes liés à la peur.

Sur le plan existentiel, tant que nous nous saisirons d’un « moi », nous allons avoir peur.

Le soi est une illusion fonctionnelle, pas une réalité ultime. Alors, comme il craint que sa fausseté soit découverte, il utilise la peur ou d’autres écrans de fumée pour nous distraire : « Inquiète-toi de cela. Ne me regarde pas de si près, inquiète-toi plutôt de ce qui se passera demain. »

Le « moi » cherche à déplacer notre attention sur quelque chose qui se trouve là- bas, plutôt que de regarder le vrai problème ici dans notre esprit.

Ressentir de la peur pourrait signifier que nous sommes proches du noyau du « moi » et que celui-ci émet des signaux d’alerte. Toutes les formes de peur sont donc liées à une protection du « moi ».

Il est bien sûr nécessaire de préserver une certaine intégrité de soi. Par exemple, le corps doit avoir une certaine peur ou inquiétude pour se maintenir en bonne santé.

À un certain niveau, nous sommes tous des hypocondriaques latents. La peur est donc instinctive dans la vie mais nous devons en connaître les limites.

Quand devient-elle excessive et commence-t-elle à nous hanter ? Il y a un proverbe qui dit : « Il n’y a rien à craindre d’autre que la peur elle-même. »

Cependant, pour la plupart d’entre nous, si nous observons une peur, nous en avons peur ; et ensuite nous avons peur de la peur de la peur, et cela devient panique.

Source du texte   Dhamma de la forêt