Impermanence des ressentis désagréables

Extrait du livre « Travailler avec les cinq obstacles », Ajahn Thiradhammo.

De même que l’obstacle du désir sensoriel, l’obstacle de la négativité a pour origine une tonalité de ressenti. Ainsi, une sage compréhension de la nature des tonalités de ressentis – impermanentes et inter-conditionnées – diminue la tendance à se laisser aller à la réaction négative ; ou bien, si nous sommes déjà piégés par la négativité, cette compréhension peut alléger son intensité : on sait qu’il ne s’agit pas de quelque chose de réel mais juste d’un ressenti, le produit naturel d’un autre ressenti antérieur de souffrance.

Dans la psychologie bouddhiste, on dit que la souffrance est dans l’esprit et que changer notre état d’esprit change la nature de la souffrance.

Il y a une contemplation qu’il est bon de faire systématiquement quand un ressenti douloureux apparaît dans le corps : on réfléchit et on constate que la sensation est dépendante du corps et qu’elle est impermanente :

« On demeure contemplant l’impermanence dans le corps et dans la sensation douloureuse ; on demeure contemplant la douleur qui diminue, qui s’estompe, qui cesse et on contemple l’abandon. Demeurant ainsi, la tendance sous-jacente à la négativité par rapport au corps et aux sensations douloureuses est abandonnée. » (S.IV,212)

De même, quand un ressenti mental douloureux apparaît, nous pouvons réfléchir et voir à quel point ce ressenti et l’humeur négative sont vraiment changeants et fugaces, tant que nous n’y réagissons pas négativement.

Au lieu de nous contracter autour de la peine, si nous l’observons avec plus de bienveillance, nous remarquons qu’en réalité cette détresse physique ou mentale est extrêmement fluide. Elle fluctue en intensité, elle se mélange à d’autres ressentis, d’autres humeurs, elle connaît des hauts et des bas en fonction des circonstances du corps et du mental.

Nous voyons ainsi très directement que les ressentis sont dépourvus de toute substance et, par conséquent, que nous ne pouvons pas nous fier à eux pour étayer nos réactions.

Avec un tel regard, nous pouvons saper notre façon habituelle de réagir négativement aux situations.

Qu’est-ce qui nous met en colère ?

Un ressenti désagréable impermanent ? Pas très fiable, non ?

Source du texte   Dhamma de la forêt