Le son du dhamma est plaisant

Dhamma

Quel magnifique enseignement que celui de Ajahn Chach, le son du dhamma est vraiment plaisant à écouter et à lire…

Remarques préalables:

Ci après des extraits que j’ai choisi, de son enseignement : “Quelques mots” de Ajahn Chach.

C’est difficile de choisir des extraits car finalement c’est subjectif et, en fonction des personnes, les extraits choisis ne seront pas les mêmes, et surtout ce n’est pas toujours judicieux de sortir une phrase de son contexte.
Mais parfois, mieux vaut ne copier que des extraits que de copier un texte bien trop long pour être lu sur un blog. Ensuite, si ces extraits vous parlent, il ne tiendra alors qu’à vous de lire l’enseignement en entier.

Si vous ne connaissez pas encore Ajahn Chach, moine de la Tradition Théravada- école de la Forêt- Lire sa biographie succincte ICI

Quelques mots encore….

Le mode de vie d’un moine de la forêt.

J’ai étudié en dehors des cadres, par la contemplation et la pratique, par la réflexion et la pratique. Je n’ai donc pas l’étiquette comme les autres. Dans ce monastère, nous avions des moines ordinaires, des gens qui n’avaient pas forcément un grand savoir, mais qui étaient déterminés dans leur pratique (…)

À cette époque, la forêt était vraiment un coin perdu. Loin de tout. Et la vie y était très dure. Il y avait des manguiers plantés par les villageois mais, souvent, les fruits mûrissaient puis pourrissaient. Des ignames poussaient aussi et pourrissaient sur place. Mais je n’aurais pas osé y toucher. La forêt était très dense. Quand on arrivait ici avec son bol à aumônes, on n’avait même pas la place pour le poser. J’avais demandé aux villageois de dégager quelques emplacements dans la forêt. Mais c’était un lieu que les gens n’osaient pas fréquenter, ils en avaient peur.

Personne ne savait vraiment ce que je faisais ici. Les gens ne comprenaient pas le mode de vie d’un moine de la forêt. Je suis resté ici comme cela une paire d’années, puis sont arrivés les premiers disciples.

La pauvreté spirituelle

(…)C’est parce que nous n’avons pas de véritable engagement, pas de compréhension de ce qu’est la vie et de la manière dont nous devrions agir, que nous vivons dans cet état de pauvreté spirituelle.

(…)

Depuis notre enfance, depuis notre jeunesse, et jusqu’à l’âge adulte, nous n’apprenons qu’à rechercher les plaisirs, à nous complaire dans les objets des sens. (…)

Plus grave que ce manque matériel, il y a le manque intérieur : sîla, Dhamma absents de notre vie, ne pas aller entendre les enseignements, ne pas mettre le Dhamma en pratique. Le résultat, c’est une vie dénuée de sagesse, dans laquelle tout régresse et dégénère.

Le Bouddha, notre Maître Suprême, possédait la qualité de bonté bienveillante envers les êtres(…) Il a enseigné les moyens justes de gagner sa vie, de rester modéré et économe dans la gestion de ses finances, à agir sans négligence dans tous les domaines.

(..) si nous manquons des deux:le support matériel et le support spirituel, alors, avec le temps et l’accroissement de la population dans le monde, l’illusion, la pauvreté, les difficultés nous éloignent encore et encore du Dhamma. Ce sont les difficultés dans lesquelles nous nous débattons qui expliquent notre désintérêt pour le Dhamma.

Le flot de la sensualité, le flot du devenir, le flot des vues, le flot de l’ignorance, ces quatre flots obscurcissent et enveloppent le coeur des êtres.

Mettre fin à ses propres souffrances

Je pense vraiment que par l’écoute, la contemplation, la compréhension du Dhamma, on peut mettre fin à ses propres souffrances.
On sait alors ce qui est bien, ce qui est nécessaire, ce que nous devons utiliser, combien dépenser. On sait comment mener sa vie en conformité avec sîla et le Dhamma, en appliquant la sagesse aux affaires du monde matériel. Mais nous sommes, pour la plupart d’entre nous, bien loin de cet idéal. Nous n’intégrons pas le Dhamma, la moralité dans notre vie quotidienne, qui n’est plus que discordes et disputes. (…)

Le Bouddha a enseigné le Dhamma et ouvert la voie de la pratique. Il ne cherchait pas à nous rendre la vie difficile, mais à faire de nous des êtres meilleurs, plus habiles.
Simplement, nous n’écoutons pas. Et c’est bien dommage.(…)

Le Bouddha n’a pas voulu nous laisser tels que nous sommes. Il nous a voulu diligents, nous efforçant de manière bonne et génératrice de bienfaits pour nous, et enthousiastes à la perspective d’emprunter le chemin correct. Efforçons-nous, au lieu de nous laisser aller à la paresse. Ce n’est pas là un enseignement qui fera de nous des idiots et des inutiles. Il nous enseigne comment développer et appliquer la sagesse à tout ce que nous faisons (travail, activités agricoles, éducation de notre famille, gestion de nos finances) et à rester attentif à tous les aspects de ces activités. Dans la mesure où nous vivons dans le monde, nous devons rester attentifs et connaître les voies du monde. Sinon, nous courons au désastre.(…)

Le Bouddha a donné des enseignements sur les diverses formes de richesse : la richesse de la vie humaine, celle des royaumes célestes, et celle du Nibbâna.

Ceux qui ont le Dhamma, même s’ils vivent dans le monde, ne sont pas pauvres. Et s’ils sont pauvres, ils n’en souffrent pas. Quand on vit en accord avec le Dhamma, on n’a pas à regretter ce que l’on a fait dans le passé. On ne crée que du bon kamma. Mais si vous créez du mauvais kamma, la misère fondra sur vous. Pas de mauvais kamma, pas de mauvais résultat.

Mais si nous ne cherchons pas à changer nos habitudes, à cesser de commettre des actes mauvais, les difficultés ne peuvent que s’accumuler et tout ne sera alors que détresse, mentale et matérielle. C’est pourquoi il est indispensable que nous écoutions (l’enseignement), que nous examinions attentivement de manière à pouvoir ensuite voir clairement d’où viennent les problèmes.(…)

Quand vos propres efforts vous permettent de subvenir à vos besoins matériels, votre esprit est en paix, et c’est tout naturellement que vous serez conduit à écouter l’enseignement du Dhamma pour distinguer ce qui est bien de ce qui est mal, ce qui est vertueux de ce qui ne l’est pas, et pour améliorer encore votre manière de mener votre vie.

Vous apprenez à reconnaître que les actes mauvais ne conduisent qu’au malheur, vous cesserez de les commettre, et vous vous améliorerez encore. Votre manière de travailler va changer, et votre esprit aussi va changer. Vous étiez ignorant, vous allez devenir quelqu’un qui sait. Vous laisserez derrière vous les habitudes néfastes pour devenir un être au coeur généreux. Vous pourrez transmettre ce savoir à vos enfants et petits-enfants. Faire dès à présent ce qui est bien, c’est semer des bienfaits pour l’avenir. Mais les êtres sans sagesse ne font rien de bien et seront affligés par le malheur.(…)

Aujourd’hui, nous sommes bien en vie. Il est donc temps pour nous de parler de tout cela. Si vous ne recevez pas l’enseignement du Dhamma pendant que vous vivez dans la condition d’être humain, vous n’aurez pas d’autre chance.(…)

Nous autres, hommes, nous avons cette possibilité, d’entendre le Dhamma. Quel privilège ! Nous sommes là, bien vivants, le moment de regarder les choses plus à fond, et de changer nos habitudes, c’est maintenant.(…)

Si les temps sont durs, eh bien essayez de supporter les difficultés pour le moment et de vivre selon la voie juste, jusqu’au jour où vous pourrez aller plus loin. C’est cela, pratiquer le Dhamma.

J’aimerais rappeler à quel point il est nécessaire d’avoir un bon esprit et de mener une vie conforme à l’éthique. Quelle que soit la manière dont vous vous êtes conduits jusqu’à présent, faites un retour en arrière et réfléchissez : « Est-ce que j’ai agi comme il le fallait ? » Et si vous vous rendez compte que la réponse est négative, changez votre manière d’agir. Laissez de côté les mauvais moyens de mener votre vie. Gagnez votre vie d’une manière correcte, décente, qui ne nuise ni à autrui, ni à vous-mêmes, ni à la société. Quand on conduit sa vie de manière correcte, l’esprit est libre. (…)

Le Bouddha est né dans la forêt. Il a étudié le Dhamma dans la forêt. Il a enseigné le Dhamma dans la forêt, à commencer par le « Sermon de la mise en mouvement de la roue de la Loi ». Et c’est dans la forêt qu’il est entré dans le Nibbâna.

Les bruits des hommes ne sont pas des facteurs d’apaisement.

Même la voix de quelqu’un qui parle aimablement n’engendre dans l’esprit ni paix ni tranquillité profonde. Les bruits qu’aime l’homme, la musique par exemple, ne sont pas des bruits paisibles. Ils sont générateurs de plaisir, d’excitation, mais ils n’amènent pas la paix. Quand des gens sont ensemble et recherchent le plaisir de cette manière, cela génère généralement un discours irréfléchi, agressif et générateur de conflit, et cela ne fait que monter la tension.

C’est ainsi que sont les bruits des hommes. Ils n’apportent pas de réel réconfort, pas de bonheur, sauf quand ce sont des paroles du Dhamma.

Généralement, quand les gens vivent en société, ils parlent selon leurs intérêts personnels, se contredisent, prennent la mouche, s’accusent mutuellement, et il ne peut en résulter que confusion et contrariétés.

Sans le Dhamma, c’est ainsi que tendent à être les hommes.

Les bruits des hommes les mènent à l’illusion. Les sons de la musique, les paroles des chansons agitent l’esprit et le plongent dans la confusion. Les sensations agréables que provoque la musique par exemple. Les gens trouvent cela génial, ils disent qu’ils s’éclatent. Ils peuvent rester debout, dehors, sous un soleil de plomb pour assister à un spectacle de musique. Ils peuvent rester là jusqu’à ce qu’ils soient grillés à point, mais ils continueront à penser qu’ils s’éclatent et que c’est super. Mais pour peu que quelqu’un s’avise de leur parler durement, de les critiquer ou de les maudire, et les voilà à nouveau malheureux, insatisfaits. C’est comme cela, avec les bruits ordinaires des hommes. Mais si les bruits des hommes laissent place au son du Dhamma, si l’esprit est le Dhamma, si nous parlons du Dhamma, là, cela vaut la peine d’écouter. Cela vaut la peine d’y penser, d’étudier, de contempler.

Le son du dhamma est plaisant

Ce son-là, celui du Dhamma, est plaisant, mais pas d’une manière déséquilibrée et excessive, il est plaisant parce qu’il apporte bonheur et tranquillité. Les bruits ordinaires des humains n’amènent généralement que confusion, contrariété et tourment. Ils provoquent le désir, la colère, la confusion, et incitent à l’envie, à la convoitise, ils incitent à la violence et à la destruction de l’autre. Les bruits de la forêt sont différents. Le bruit que fait un oiseau ne provoque en nous ni désir ni colère quand nous l’entendons.

L’esprit et le corps fonctionnent ensemble

De nos jours, c’est dur pour un Ajahn d’enseigner aux hommes comment suivre le bon chemin ; ils sont attachés aux goûts.(…)

Les vues, les sons, les odeurs, les goûts sont les ennemis de la pratique du Dhamma. Ils peuvent faire bien des dégâts.(…)

Le sâsana, c’est-à-dire l’enseignement véritable et direct, celui qui apprend à être honnête et droit, à faire preuve de bonté bienveillante les uns pour les autres, s’est perdu. Le trouble et la détresse l’ont remplacé(…)

L’esprit et le corps fonctionnent ensemble. Si on n’est pas encore très habile dans sa pratique, ou si le corps est trop gras, mal à l’aise, l’esprit est incontrôlable.(…)

(…)Former l’esprit au samâdhi,… on imagine que ce sera facile. On s’assied, et voilà : les jambes, le dos sont douloureux, on se sent fatigué, on a trop chaud, cela gratte. Alors on commence à se décourager. Et l’on se dit qu’en fait, pratiquer le samâdhi, c’est aussi éloigné de nous que le ciel est éloigné de la terre. On ne sait pas quoi faire, et l’on est submergé par les difficultés. Mais, avec un peu d’entraînement, cela devient peu à peu plus facile.

Alors… vous qui venez ici pour pratiquer le samâdhi, vous trouvez cela difficile… Moi aussi, j’ai connu les difficultés, j’ai pratiqué sous la direction d’un Ajahn, et quand on méditait en position assise, j’ouvrais mes yeux pour regarder. « Ah, Ajahn est enfin disposé à s’arrêter ! ». Je refermais les yeux et essayais de tenir encore un peu. J’avais l’impression que cela allait me tuer ; je n’arrêtais pas d’ouvrir les yeux, mais lui avait l’air parfaitement à l’aise, assis là. Une heure, deux heures. Je souffrais le martyre, mais Ajahn ne bougeait pas. Alors, au bout d’un moment, j’ai fini par prendre peur. Je redoutais le moment de pratiquer samâdhi.

C’est dur la pratique de samâdhi, quand on débute. Tout est difficile quand on ne sait pas comment faire. C’est là l’obstacle. Mais l’expérience fait évoluer les choses. Ce qui est bon se développe et peut finalement venir à bout de ce qui n’est pas bon. En luttant, on tend à devenir timoré. C’est une réaction normale et nous en faisons tous l’expérience. Il est donc important de s’entraîner pendant un temps. C’est comme tailler un chemin à travers la forêt. D’abord, le travail est rude, quantité d’obstacles se dressent devant nous. Mais en y revenant encore et encore, on finit par dégager la voie. Au bout d’un certain temps, on a enlevé les branches et les souches, et le sol devient ferme et lisse à force d’être piétiné de manière incessante et répétée. Alors nous avons un bon chemin pour traverser la forêt.

C’est comme cela quand on forme l’esprit. En s’y tenant, l’esprit s’illumine.(…)

Le Bouddha nous a donc enseigné à méditer

Dans la méditation, (il faut) trouver un moyen d’éviter les mauvaises actions et pratiquer ce qui est bien. Voyez le Bouddha et ses disciples. Ils ont été des êtres ordinaires à une époque, mais ils se sont perfectionnés pour progresser d’étape en étape, vers l’état de celui qui est entré dans le courant, et jusqu’à l’état d’arahâ. Ils y sont parvenus par l’entraînement, l’effort. La sagesse vient graduellement. Et apparaît le sens de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas.

Le Bouddha nous a donc enseigné à méditer. Dans la méditation, il nous faut d’abord pratiquer le samâdhi, ce qui veut dire, calmer, apaiser l’esprit. C’est comme l’eau dans un étang. Si on n’arrête pas d’y verser quelque chose et de remuer, l’eau sera toujours boueuse et trouble. Si on laisse l’esprit penser, s’inquiéter, on ne pourra jamais rien voir clairement.
Mais si nous laissons l’eau du bassin se déposer et se calmer, alors nous pourrons voir s’y refléter plein de choses. Quand l’esprit est calme et apaisé, la sagesse peut voir les choses. La lumière éclatante de la sagesse surpasse toutes les autres lumières(…)

Quels ont été les conseils du Bouddha sur la pratique ? Il a enseigné la pratique de la terre, de l’eau, du feu, de l’air.
Pratiquer en se basant sur les choses les plus simples, ce dont nous sommes constitués : l’élément solide de la terre, l’élément liquide de l’eau, l’élément chaud du feu, l’élément mouvant de l’air.(…)

Il y a la terre, l’eau, le feu, l’air et pas de personne. Contemplez ces éléments, et vous verrez qu’il n’y a pas d’individu. Juste terre, eau, feu, air.

Nous avons l’habitude de percevoir les choses en termes de moi et autre, sans arrêt ainsi. Là, notre méditation ne va pas encore bien loin. Nous ne touchons pas à la réalité et n’allons pas au-delà des apparences ; nous restons prisonniers des conventions de ce monde, ce qui veut dire rester dans le cycle des transformations ; posséder et perdre, mourir et renaître, renaître et mourir, souffrir au coeur de la confusion. Tout ce que nous souhaitons, tout ce à quoi nous aspirons ne fonctionne jamais vraiment comme nous le voulons, parce que nous voyons les choses d’une manière erronée. C’est ainsi que sont les attachements qui nous retiennent. Nous sommes encore loin, bien loin du vrai chemin du Dhamma.

Chercher le dhamma

Alors le Bouddha voulait que nous cherchions le Dhamma. C’est cela la connaissance la plus importante. Toute forme de connaissance ou d’étude qui n’est pas en accord avec la voie bouddhique est un enseignement qui implique dukkha. Notre pratique du Dhamma devrait nous permettre de dépasser la souffrance.

La constance, la continuité dans la pratique et la sincérité dans la poursuite de la pratique sont importantes pour réussir à voir ses propres souillures. C’est une méthode qui est bonne et authentique.

 

Bica-vipassana