De quoi nourrir la réflexion

Textes de Sayadaw U_Tejaniya :

 

Les points suivants ont été soulevés au cours de discussions sur le Dhamma avec des douzaines de méditants. Certains étaient débutants, et d’autres étaient déjà des pratiquants expérimentés. En fonction de votre expérience personnelle de la méditation, vous allez peut-être comprendre certains de ces points. Ne vous faites pas de souci pour ceux que vous ne comprenez pas encore. Laissez-vous simplement imprégner. Avec le temps et le développement de votre pratique, leur sens s’éclaircira et vous les comprendrez à des niveaux de plus en plus profonds. Au fur et à mesure des progrès de votre méditation, vous finirez par les comprendre tous. Ces points ne sont pas arrangés dans un ordre quelconque, aussi vous pouvez en lire quelques uns à la fois lorsque vous ressentez le besoin d’avoir un peu d’information ou d’inspiration.

La méditation, ce n’est pas seulement s’asseoir sur un coussin. Quelle que soit la position de votre corps, si vous êtes présent avec bienveillance, vous êtes en train de méditer.

Si vous ne pouvez pas être dans l’observation, ne vous forcez pas à le faire. Dans un premier temps, apprenez à vous détendre et à vous sentir confortable.

De temps en temps, essayez la méditation en position allongée. Apprenez à développer la présence quelle que soit la position de votre corps. Soyez toujours présent à votre expérience et remarquez la différence d’effort mental nécessaire pour maintenir la présence dans des positions différentes.

L’effort juste demande de la persévérance. Cela ne veut pas dire qu’il faut se concentrer intensément, vous contrôler, vous forcer ou vous restreindre. La volonté de se concentrer intensément provient de l’avidité, de l’aversion, ou de l’ignorance de la pratique.

Vous pouvez être présent aux sensations corporelles, aux émotions, et aux activités du mental. Mais ne vous identifiez pas à ces expériences; elles sont juste ce qu’elles sont : – les sensations corporelles sont les sensations corporelles, les émotions sont les émotions, les activités du mental sont les activités du mental – c’est là leur nature essentielle. Essayez toujours de garder cette vision en tête ; dans le cas contraire, si par exemple j’en fais l’expérience en tant que « mienne », alors surgiront certainement de l’attachement ou de l’aversion.

Il est plus important d’apprendre à observer, examiner et comprendre la nature d’une expérience que de vouloir qu’elle disparaisse ou d’essayer de la faire disparaître. Vouloir la disparition d’une expérience, c’est une attitude erronée.
Lorsqu’il n’y a pas de souillures dans la conscience qui observe, c’est que vous êtes dans la présence juste.

La conscience qui connaît est un processus qui permet d’avoir la connaissance de tout ce qui se présente à la porte des sens. Cette conscience est toujours là, mais elle ne peut ni reconnaître, ni interpréter ; elle n’a pas de sagesse, pas de compréhension de ce qui se passe. La conscience qui connaît ne fait que prendre connaissance des expériences.

La conscience qui connaît, ou esprit vigilant, observe tout ce que vous éprouvez. Lorsque vous êtes conscient d’observer, vous êtes alors présent à la conscience qui connaît ou esprit vigilant.

On ne peut être présent à la conscience que par la présence à ses activités, à ses perceptions ou à ses contenus. Lorsque vous êtes présent aux pensées, ou à la colère, à la déception, au désir, etc., vous êtes présent à la conscience. Il est important de reconnaître que c’est la conscience qui est en train de faire ou de ressentir tout cela.

Lorsque vous interférez avec la conscience qui observe, la vision pénétrante ne peut pas surgir. Apprenez à être présent de manière objective, avec une attention juste.

Lorsque vous tournerez votre observation vers l’intérieur, vous serez surpris, stupéfait et peut-être même choqué de découvrir en vous des idées fixes, des désirs, des peurs, des espérances et des attentes dont vous n’étiez pas conscient.

Toutes les activités mondaines (par exemple : lire, écouter de la musique, faire du sport) impliquent d’avoir des pensées et des concepts. Sans cela, les stimuli extérieurs (les objets) perdent leurs sens. Toutefois, si des concepts surgissent pendant la méditation, il faut simplement prendre conscience qu’il y a des pensées.

Si vous arrivez facilement à vous concentrer sur une expérience, c’est soit par attrait pour sa nature grossière, soit parce que votre attention est stable. Ne vous contentez pas d’être uniquement conscient des expériences de nature grossière. Votre méditation se renforcera en apprenant à observer des expériences subtiles.

Dès l’instant où vous n’aimez pas quelqu’un, une empreinte se crée dans votre conscience. Cette empreinte vous fait voir cette personne de manière figée et cela vous empêche de la voir telle qu’elle est réellement. C’est le travail de la confusion.

Lorsque la conscience est prête à faire l’expérience de la vision pénétrante, celle-ci surgira naturellement, spontanément. Ne la recherchez pas et n’espérez pas qu’elle surgisse; la rechercher conduit à de fausses créations de l’esprit.

Soyez ouvert à toutes les expériences. Ne tirez pas de conclusions hâtives. Continuez simplement à observer et à chercher en profondeur et de manière continue. Aller droit à des conclusions hâtives ne vous permettra pas d’approfondir votre compréhension.

Si vous essayez d’éviter les situations difficiles, vous ne pourrez pas apprendre, ni approfondir votre pratique. Ceci est particulièrement vrai avec les souillures. En apprenant à faire face aux souillures, cela vous amène à les questionner et à comprendre leur vraie nature, et vous permettra de vous en libérer.

Apprenez à développer de l’intérêt pour les situations difficiles. En étant présent sans forcer, vous pourrez tout à coup en comprendre les causes.

Il n’est pas besoin d’identifier ou de classer les perceptions en catégories telles que : agréables, désagréables ou neutres. Simplement, rappelez-vous qu’une perception, c’est juste une perception ; acceptez-la comme elle est.

Lorsqu’on regarde un film, chaque personne qui le regarde le percevra à sa manière, selon sa propre perspective. Ceux qui manquent un peu de maturité verront le film comme un simple divertissement. Ceux qui sont un peu plus matures essayeront également d’en comprendre le message. Il en va de même en matière de méditation, il est tout aussi important de comprendre ce qui se passe.

Plus vous vous concentrez sur une expérience, plus vous utilisez d’énergie. Ceci rend la pratique difficile et fatigante. Votre présence pourrait même diminuer. Si alors vous prenez conscience de cela, vous essaierez peut-être de remonter votre niveau de présence. Ce qui vous amènera à faire encore plus d’effort, avec pour conséquence un effet boule de neige qui peut vous mener à l’épuisement pendant une longue retraite.

Lorsque vous faites beaucoup d’effort pour être présent, vous dépensez votre énergie trop rapidement, et vous ne pourrez pas maintenir la présence tout au long de la journée. Si vous pratiquez de manière décontractée, vous pourrez conserver de l’énergie et garder une pratique constante pendant de longues périodes. Si vous êtes un méditant de longue date, vous ne pouvez pas vous permettre de gaspiller votre énergie. La méditation est la pratique de toute une vie ; c’est un marathon, pas une course de 100 mètres.

Percevez chaque instant comme une véritable opportunité de développer la présence, mais ne pratiquez pas de manière trop sérieuse. Si vous êtes trop sérieux, vous serez tendu et vous ne serez plus naturel.

Une fois que vous saurez comment vous détendre, vous deviendrez sensible à vos propres besoins. Vous reconnaîtrez les moments où vous faites trop d’efforts et vous saurez comment économiser votre énergie.

Lorsque vous lisez ou entendez les expériences de méditation d’autres personnes, il est possible que, consciemment ou inconsciemment, vous essayiez de les rechercher. Si vous faites alors une expérience similaire, vous allez peut-être croire que c’est une vision pénétrante. Mais vous n’avez eu qu’une expérience similaire. Une vision pénétrante est une véritable compréhension de la réalité.

Le fait d’être distrait est un phénomène naturel. Si on le repousse constamment, on n’accepte pas ce qui est naturel. Une fois qu’on accepte ceci, c’est-à-dire avec l’attitude juste, l’observation de la distraction devient plus facile. Il se peut qu’au début vous vous perdiez souvent dans les pensées – c’est normal ; en pratiquant, au fil du temps, vous commencerez à percevoir la distraction comme étant « simplement des pensées », en vous y perdant de moins en moins.

Ne résistez-pas, ne créez pas d’attentes – acceptez les expériences telles qu’elles sont.

La distraction n’est pas un problème ; le problème, c’est l’ attitude qui considère que la distraction est un problème. L’objet de l’expérience n’est pas important ; c’est la manière dont vous l’observez, dont vous le considérez qui est importante.

Ce que vous observez, ou encore l’endroit d’où vous l’observez n’a pas d’importance ; c’est votre présence qui est importante.

Chaque moment est le bon moment pour méditer.

Le but de la méditation samatha est d’atteindre certains états mentaux, alors que la méditation vipassana est un chemin de connaissance et de compréhension.

La méditation en présence peut être comparée à la façon dont on regarde un film. Vous êtes bien assis, détendu et vous observez. Le fil de l’histoire se déroule naturellement, et ce que vous percevez dépend de votre niveau de compréhension.

Si vous n’avez pas l’attitude juste, alors d’une façon ou d’une autre, la conscience est troublée.

La vision pénétrante en soi n’est pas si importante. : l’important est que cette vision amène une transformation à la conscience. Celle-ci vous permettra, dans le futur, de gérer des situations semblables sans confusion.

Il est important de reconnaître et d’accepter les souillures qui sont présentes à la conscience. Mais il est tout aussi important de reconnaître leur absence!

La compréhension n’est pas linéaire. Vous pouvez comprendre les choses de manières différentes, à des niveaux différents et sous des angles différents.

La sagesse entraîne vers le bien, mais elle n’y est pas attachée. Elle se détourne de ce qui n’est pas bien, mais elle n’a pas d’aversion envers ceci. La sagesse fait la différence entre ce qui est convenable et ce qui ne l’est pas, et elle permet de voir clairement la nature indésirable de ce qui n’est pas convenable.

La confusion peut mettre vos idées sens dessus dessous ; elle vous fera voir ce qui est faux comme étant juste, et ce qui est juste comme étant faux.

Eviter les situations difficiles ou s’en éloigner ne requiert pas de grandes qualités ou d’efforts. Mais agir ainsi ne vous permet pas de tester vos limites, ni de grandir. Faire face aux difficultés peut être crucial pour l’approfondissement de votre pratique. Cependant, si vous êtes face à une situation qui vous submerge, il vous faut prendre du recul et attendre jusqu’à que vous ayez rassemblé assez de force pour bien la gérer.

Le but de la pratique, c’est d’approfondir la sagesse. Le développement de la sagesse ne peut se produire que si l’on arrive à reconnaître, comprendre et dépasser les souillures. Il est nécessaire de mettre vos limites à l’épreuve en vous donnant l’opportunité de faire face aux souillures. Si vous ne faites pas face aux défis de la vie, la conscience restera faible à jamais.

Le développement de la présence est le chemin d’une vie. Il n’y a pas besoin de se presser ou de s’inquiéter. Il est important de pratiquer de manière juste, afin de pouvoir appliquer ses connaissances dans la vie courante, pas seulement au centre de méditation.

Plus vous essayerez de voir quelque chose, moins clair ce sera. C’est seulement lorsque vous serez détendu que vous pourrez voir les choses telles quelles sont. Ceux qui ne recherchent rien de particulier verront beaucoup plus.

Une présence forte n’a pas de pouvoir spécial. La présence est forte lorsque les souillures ne sont pas présentes, lorsque vous avez l’attitude juste.

Source : bica-vippassana