Le don du Dhamma surpasse tous les autres dons

Maha-hatthipadopama Sutta

Majjhima Nikaya 28

 

Maha-hatthipadopama Sutta
La comparaison de la trace de pas
du grand éléphant

 

D’après la traduction du Pali à l’Anglais par Thanissaro Bhikkhu.

 

Pour libre distribution. Cet ouvrage peut être republié, reformaté, réimprimé et redistribué par n’importe quel média. L’auteur désire cependant que toute ces republications et redistributions soient mises à disposition du public librement et sans restriction aucune, et que les traductions et autres travaux dérivés soient clairement identifiés comme tels.

J’ai entendu qu’à une occasion le Béni du Ciel demeurait près de Savatthi dans le Bosquet de Jeta, le monastère d’Anathapindika. Là, le Vén. Sariputta s’adressa aux moines, en disant, “Amis moines!”

“Oui, ami,” répondirent les moines.

Le Vén. Sariputta dit: “Amis, tout comme les traces de pas de tous les animaux à pattes sont plus petites que la trace de pas de l’éléphant, et la trace de pas de l’éléphant est reconnue comme étant la première d’entre elles en termes de dimension; de même, toutes les qualités compétentes sont rassemblées sous les quatre nobles vérités. Sous quelles quatre? Sous la noble vérité du stress, sous la noble vérité de l’origine du stress, sous la noble vérité de la cessation du stress, et sous la noble vérité de la voie de la pratique qui mène à la cessation du stress.

“Et quelle est la noble vérité du stress? La naissance est stressante, la vieillesse est stressante, la mort est stressante; la tristesse, les lamentations, la douleur, l’angoisse, et le désespoir sont stressants; s’associer avec ce qu’on n’aime pas est stressant, être séparé de ce qu’on aime est stressant, ne pas obtenir ce qu’on veut est stressant. Bref, les cinq agrégats d’attachement sont stressants. Et quels sont les cinq agrégats d’attachement? L’agrégat d’attachement de la forme, l’agrégat d’attachement de la sensation, l’agrégat d’attachement de la perception, l’agrégat d’attachement de la fabrication, et l’agrégat d’attachement de la conscience.

“Et quel est l’agrégat d’attachement de la forme? Les quatre grands existants et la forme qui en dérive. Et que sont les quatre grands existants? La propriété de terre, la propriété liquide, la propriété du feu, et la propriété du vent.

La propriété de terre

“Et quelle est la propriété de terre? La propriété de terre peut être soit interne soit externe. Quelle est la propriété de terre interne? Tout ce qui est interne, à l’intérieur de soi, est dur, solide, et soutenu [par l’envie insatiable]: les cheveux, les poils, les ongles, les dents, la peau, la chair, les tendons, les os, la moelle osseuse, les reins, le coeur, le foie, la plèvre, la rate, les poumons, le côlon, l’intestin grêle, le contenu de l’estomac, les fèces, ou tout le reste qui est interne, à l’intérieur de soi, est dur, solide, et soutenu: On appelle cela la propriété de terre interne. Or autant la propriété de terre interne que la propriété de terre externe sont simplement propriété de terre. Et il faut voir cela tel que c’est réellement avec le discernement correct: ‘Ceci n’est pas mien, ceci n’est pas moi, ceci n’est pas mon Moi.’ Quand on le voit ainsi tel que c’est réellement avec le discernement correct, on se désenchante de la propriété de terre et on se fait l’esprit dépassionné envers la propriété de terre.

“Or il vient un temps, amis, où la propriété liquide externe est provoquée,[1] et à ce moment-là la propriété de terre externe disparaît. Quand donc on aura discerné même dans la propriété de terre externe — si vaste — l’inconstance, la destructibilité, une tendance au délabrement, la changeabilité, où donc alors en ce corps qui dure si peu, soutenu par l’attachement, trouvera-t-on “je” ou “le mien” ou “ce que je suis”? On n’a ici qu’un “non.”

“Ou bien, si d’autres personnes insultent, dénigrent, exaspèrent, et harcèlent un moine [qui a discerné ceci], il discerne que ‘Une sensation douloureuse, née du contact de l’oreille, a surgi en moi. Et cela est dépendant, pas indépendant. Dépendant de quoi? Dépendant du contact.’ Et il voit que ce contact est inconstant, que la sensation est inconstante, que la perception est inconstante, que la conscience est inconstante. Son esprit, avec la propriété [de terre] pour objet/support, saute en l’air, gagne en assurance, en solidité, et en libération.

“Et si d’autres personnes attaquent le moine sous des formes qui sont indésirables, déplaisantes, et désagréables — par contact avec les poings, contact avec les pierres, contact avec les bâtons, ou contact avec les couteaux — le moine discerne que ‘Ce corps est de telle nature qu’il peut entrer en contact avec les poings, qu’il peut entrer en contact avec les pierres, qu’il peut entrer en contact avec les bâtons, et qu’il peut entrer en contact avec les couteaux . Or le Béni du Ciel a dit, dans son exhortation de la comparaison de la scie [MN 21], “Moines, même si des bandits devaient vous tailler en pièces sauvagement, membre par membre, avec une scie à deux poignées, celui d’entre vous qui laisserait son coeur se mettre en colère même pour cela ne ferait pas ce que je lui demande.” C’est pourquoi ma persévérance restera dressée et infatigable, mon attention établie et sans confusion, mon corps calme et sans excitation, mon esprit concentré et unifié. Et alors, je laisserais venir à ce corps le contact avec les poings, le contact avec les pierres, avec les bâtons, avec les couteaux, car c’est ainsi que ce que demande le Bouddha est accompli.’

“Et si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, n’établit pas l’équanimité sur la base de ce qui est approprié, il ressent de l’appréhension envers cela et donne lieu à un sentiment d’urgence: ‘C’est une perte pour moi, pas un gain; ça va mal pour moi, ça ne va pas bien, que lorsque je me rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, l’équanimité sur la base de ce qui est approprié n’est pas établie en moi.’ Tout comme quand une belle-fille, en voyant son beau-père, ressent de l’appréhension et donne lieu à un sentiment d’urgence [de lui plaire], de même, si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, l’équanimité sur la base de ce qui est approprié n’est pas établie, il ressent de l’appréhension envers cela et donne lieu à un sentiment d’urgence: ‘C’est une perte pour moi, pas un gain; ça va mal pour moi, ça ne va pas bien, que lorsque je me rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, l’équanimité sur la base de ce qui est approprié n’est pas établie en moi.’

“Mais si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, établit l’équanimité sur la base de ce qui est approprié, alors il en est gratifié. Et même dans cette mesure, amis, le moine a beaucoup accompli.

La propriété liquide

“Et quelle est la propriété liquide? La propriété liquide peut être soit interne ou externe. Quelle est la propriété liquide interne? Tout ce qui est interne, appartenant à soi, est liquide, aqueux, et soutenu: bile, flegme, pus, sang, sueur, gras, larmes, gras de peau, salive, mucus, synovie, urine, ou tout le reste qui est interne, à l’intérieur de soi, est liquide, aqueux, et soutenu: On appelle cela la propriété liquide interne. Or autant la propriété liquide interne que la propriété liquide externe sont simplement propriété liquide. Et il faut voir cela tel que c’est réellement présent avec le discernement correct: ‘Ceci n’est pas mien, ceci n’est pas moi, ceci n’est pas mon Moi.’ Quand on le voit ainsi tel que c’est réellement présent avec le discernement correct, on se désenchante de la propriété liquide et on se fait l’esprit dépassionné envers la propriété liquide.

“Or il vient un temps, amis, où la propriété liquide externe est provoquée et emporte villages, bourgs, cités, districts, et pays. Il vient un temps où l’eau dans le grand océan descend de cent lieues, deux cents… trois cents… quatre cents… cinq cents… six cents… sept cents lieues. Il vient un temps où l’eau dans le grand océan monte à sept palmiers de hauteur, six… cinq… quatre… trois… deux palmiers de hauteur, un palmier de hauteur. Il vient un temps où l’eau dans le grand océan monte à sept brasses de hauteur, six… cinq… quatre… trois… deux brasses de hauteur, une brasse de hauteur. Il vient un temps où l’eau dans le grand océan monte à une demie brasse de hauteur, à hauteur de hanche, à hauteur de genou, à hauteur de cheville. Il vient un temps où l’eau dans le grand océan n’a pas même la profondeur de la première jointure d’un doigt.

“Quand donc on aura discerné même dans la propriété liquide externe — si vaste — l’inconstance, la destructibilité, une tendance au délabrement, la changeabilité, où donc alors en ce corps qui dure si peu, soutenu par l’attachement, est “je” ou “le mien” ou “ce que je suis”? On n’a ici qu’un “non.”

“Ou bien, si d’autres personnes insultent, dénigrent, exaspèrent, et harcèlent un moine [qui a discerné ceci], il discerne que ‘Une sensation douloureuse, née du contact de l’oreille, a surgi en moi. Et cela est dépendant, pas indépendant. Dépendant de quoi? Dépendant du contact.’ Et il voit que ce contact est inconstant, que la sensation est inconstante, que la perception est inconstante, la conscience est inconstante. Son esprit, avec la propriété [liquide] pour objet/support, saute en l’air, gagne en assurance, en solidité, et en libération.

“Et si d’autres personnes attaquent le moine sous des formes qui sont indésirables, déplaisantes, et désagréables — par contact avec les poings, contact avec les pierres, contact avec les bâtons, ou contact avec les couteaux — le moine discerne que ‘Ce corps est de telle nature qu’il peut entrer en contact avec les poings, qu’il peut entrer en contact avec les pierres, qu’il peut entrer en contact avec les bâtons, et qu’il peut entrer en contact avec les couteaux . Or le Béni du Ciel a dit, dans son exhortation de la comparaison de la scie, “Moines, même si des bandits devaient vous tailler en pièces sauvagement, membre par membre, avec une scie à deux poignées, celui d’entre vous qui laisserait son coeur se mettre en colère même pour cela ne ferait pas ce que je lui demande.” C’est pourquoi ma persévérance restera dressée et infatigable, mon attention établie et sans confusion, mon corps calme et sans excitation, mon esprit concentré et unifié. Et alors, je laisserais venir à ce corps le contact avec les poings, le contact avec les pierres, avec les bâtons, avec les couteaux, car c’est ainsi que ce que demande le Bouddha est accompli.’

“Et si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, n’établit pas l’équanimité sur la base de ce qui est approprié, il ressent de l’appréhension envers cela et donne lieu à un sentiment d’urgence: ‘C’est une perte pour moi, pas un gain; ça va mal pour moi, ça ne va pas bien, que lorsque je me rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, l’équanimité sur la base de ce qui est approprié n’est pas établie en moi.’ Tout comme quand une belle-fille, en voyant son beau-père, ressent de l’appréhension et donne lieu à un sentiment d’urgence [de lui plaire], de même, si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, l’équanimité sur la base de ce qui est approprié n’est pas établie, il ressent de l’appréhension envers cela et donne lieu à un sentiment d’urgence: ‘C’est une perte pour moi, pas un gain; ça va mal pour moi, ça ne va pas bien, que lorsque je me rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, l’équanimité sur la base de ce qui est approprié n’est pas établie en moi.’

“Mais si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, établit l’équanimité sur la base de ce qui est approprié, alors il en est gratifié. Et même dans cette mesure, amis, le moine a beaucoup accompli.

La propriété de feu

“Et quelle est la propriété du feu? La propriété de feu peut être soit interne ou externe. Quelle est la propriété de feu interne? Tout ce qui est interne, appartenant à soi, est feu, cuisant, et soutenu: cela par lequel [le corps] est réchauffé, vieilli, et consumé de fièvre; et ce qui est mangé, bu, mâché, et savouré est correctement digéré, ou tout le reste qui est interne, à l’intérieur de soi, est feu, cuisant, et soutenu: On appelle cela la propriété de feu interne. Or autant la propriété de feu interne que la propriété de feu externe sont simplement propriété de feu. Et il faut voir cela tel que c’est réellement présent avec le discernement correct: ‘Ceci n’est pas mien, ceci n’est pas moi, ceci n’est pas mon Moi.’ Quand on le voit ainsi tel que c’est réellement présent avec le discernement correct, on se désenchante de la propriété du feu et on se fait l’esprit dépassionné envers la propriété du feu.

Or il vient un temps, amis, où la propriété de feu externe est provoquée et consume villages, bourgs, cités, districts, et pays; et alors, arrivant en bordure d’un district vert, au bord d’une route, au bord d’un district rocheux, au bord de l’eau, ou à une zone luxuriante, bien arrosée, s’éteint par manque de combustible. Il vient un temps où les gens tentent de faire du feu en se servant d’un os d’aile et de rognures de tendons.[2]

“Quand donc on aura discerné même dans la propriété de feu externe — si vaste — l’inconstance, la destructibilité, une tendance au délabrement, la changeabilité, où donc alors en ce corps qui dure si peu, soutenu par l’attachement, est “je” ou “le mien” ou “ce que je suis”? On n’a ici qu’un “non.”

“Ou bien, si d’autres personnes insultent, dénigrent, exaspèrent, et harcèlent un moine [qui a discerné ceci], il discerne que ‘Une sensation douloureuse, née du contact de l’oreille, a surgi en moi. Et cela est dépendant, pas indépendant. Dépendant de quoi? Dépendant du contact.’ Et il voit que ce contact est inconstant, que la sensation est inconstant, que la perception est inconstant, la conscience est inconstant. Son esprit, avec la propriété [de feu] pour objet/support, saute en l’air, gagne en assurance, en solidité, et en libération.

“Et si d’autres personnes attaquent le moine sous des formes qui sont indésirables, déplaisantes, et désagréables — par contact avec les poings, contact avec les pierres, contact avec les bâtons, ou contact avec les couteaux — le moine discerne que ‘Ce corps est de telle nature qu’il peut entrer en contact avec les poings, qu’il peut entrer en contact avec les pierres, qu’il peut entrer en contact avec les bâtons, et qu’il peut entrer en contact avec les couteaux . Or le Béni du Ciel a dit, dans son exhortation de la comparaison de la scie, “Moines, même si des bandits devaient vous tailler en pièces sauvagement, membre par membre, avec une scie à deux poignées, celui d’entre vous qui laisserait son coeur se mettre en colère même pour cela ne ferait pas ce que je lui demande.” C’est pourquoi ma persévérance restera dressée et infatigable, mon attention établie et sans confusion, mon corps calme et sans excitation, mon esprit concentré et unifié. Et alors, je laisserais venir à ce corps le contact avec les poings, le contact avec les pierres, avec les bâtons, avec les couteaux, car c’est ainsi que ce que demande le Bouddha est accompli.’

“Et si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, n’établit pas l’équanimité sur la base de ce qui est approprié, il ressent de l’appréhension envers cela et donne lieu à un sentiment d’urgence: ‘C’est une perte pour moi, pas un gain; ça va mal pour moi, ça ne va pas bien, que lorsque je me rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, l’équanimité sur la base de ce qui est approprié n’est pas établie en moi.’ Tout comme quand une belle-fille, en voyant son beau-père, ressent de l’appréhension et donne lieu à un sentiment d’urgence [de lui plaire], de même, si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, l’équanimité sur la base de ce qui est approprié n’est pas établie, il ressent de l’appréhension envers cela et donne lieu à un sentiment d’urgence: ‘C’est une perte pour moi, pas un gain; ça va mal pour moi, ça ne va pas bien, que lorsque je me rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, l’équanimité sur la base de ce qui est approprié n’est pas établie en moi.’

“Mais si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, établit l’équanimité sur la base de ce qui est approprié, alors il en est gratifié. Et même dans cette mesure, amis, le moine a beaucoup accompli.

La propriété de vent

“Et quelle est la propriété du vent? La propriété de vent peut être soit interne ou externe. Quelle est la propriété de vent interne? Tout ce qui est interne, appartenant à soi, est vent, venteux, et soutenu: vents ascendants, vents descendants, vents dans l’estomac, vents dans les intestins, vents qui courent par le corps, inspir et expir, ou tout le reste qui est interne, à l’intérieur de soi, est vent, venteux, et soutenu: On appelle cela la propriété de vent interne. Or autant la propriété de vent interne que la propriété de vent externe sont simplement propriété de vent. Et il faut voir cela tel que c’est réellement présent avec le discernement correct: ‘Ceci n’est pas mien, ceci n’est pas moi, ceci n’est pas mon Moi.’ Quand on le voit ainsi tel que c’est réellement présent avec le discernement correct, on se désenchante de la propriété du vent et on se fait l’esprit dépassionné envers la propriété du vent.

“Or il vient un temps, amis, où la propriété de vent externe est provoquée et emporte de son souffle villages, bourgs, cités, districts, et pays. Il vient un temps où, au dernier mois de la saison chaude, les gens tentent de partir une brise avec un éventail ou des soufflets, et où même l’herbe qui pend au bord d’un toit de chaume ne remue pas.

“Quand donc on aura discerné jusque dans la propriété de vent externe — si vaste — l’inconstance, la destructibilité, une tendance au délabrement, la changeabilité, où donc alors en ce corps qui dure si peu, soutenu par l’attachement, est “je” ou “le mien” ou “ce que je suis”? On n’a ici qu’un “non.”

“Ou bien, si d’autres personnes insultent, dénigrent, exaspèrent, et harcèlent un moine [qui a discerné ceci], il discerne que ‘Une sensation douloureuse, née du contact de l’oreille, a surgi en moi. Et cela est dépendant, pas indépendant. Dépendant de quoi? Dépendant du contact.’ Et il voit que ce contact est inconstant, que la sensation est inconstant, que la perception est inconstant, la conscience est inconstant. Son esprit, avec la propriété [de vent] pour objet/support, saute en l’air, gagne en assurance, en solidité, et en libération.

“Et si d’autres personnes attaquent le moine sous des formes qui sont indésirables, déplaisantes, et désagréables — par contact avec les poings, contact avec les pierres, contact avec les bâtons, ou contact avec les couteaux — le moine discerne que ‘Ce corps est de telle nature qu’il peut entrer en contact avec les poings, qu’il peut entrer en contact avec les pierres, qu’il peut entrer en contact avec les bâtons, et qu’il peut entrer en contact avec les couteaux . Or le Béni du Ciel a dit, dans son exhortation de la comparaison de la scie, “Moines, même si des bandits devaient vous tailler en pièces sauvagement, membre par membre, avec une scie à deux poignées, celui d’entre vous qui laisserait son coeur se mettre en colère même pour cela ne ferait pas ce que je lui demande.” C’est pourquoi ma persévérance restera dressée et infatigable, mon attention établie et sans confusion, mon corps calme et sans excitation, mon esprit concentré et unifié. Et alors, je laisserais venir à ce corps le contact avec les poings, le contact avec les pierres, avec les bâtons, avec les couteaux, car c’est ainsi que ce que demande le Bouddha est accompli.’

“Et si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, n’établit pas l’équanimité sur la base de ce qui est approprié, il ressent de l’appréhension envers cela et donne lieu à un sentiment d’urgence: ‘C’est une perte pour moi, pas un gain; ça va mal pour moi, ça ne va pas bien, que lorsque je me rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, l’équanimité sur la base de ce qui est approprié n’est pas établie en moi.’ Tout comme quand une belle-fille, en voyant son beau-père, ressent de l’appréhension et donne lieu à un sentiment d’urgence [pour lui plaire], de même, si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, n’a pas établi l’équanimité sur la base de ce qui est approprié, il ressent de l’appréhension envers cela et donne lieu à un sentiment d’urgence: ‘C’est une perte pour moi, pas un gain; ça va mal pour moi, ça ne va pas bien, que lorsque je me rappelle le Bouddha, le le Dhamma, et le Sangha de cette manière, l’équanimité sur la base de ce qui est approprié n’est pas établie en moi.’

“Mais si le moine qui se rappelle le Bouddha, le Dhamma, et le Sangha de cette manière, établit l’équanimité sur la base de ce qui est approprié, alors il en est gratifié. Et même dans cette mesure, amis, le moine a beaucoup accompli.

La propriété d’espace

“Amis, tout comme quand — à partir de bois, de lianes, d’herbe, et de terre — l’espace est enclos et est rassemblé sous le terme ‘maison,’ de même, quand l’espace est enclos à partir des os, des tendons, des muscles, et de la peau, il est rassemblé sous le terme, ‘forme.’

Coproduction conditionnée

“Ou bien, si au plan interne l’oeil est intact mais qu’au plan externe les formes n’entrent pas en jeu, ou qu’il n’y a pas un engagement correspondant, alors il n’y a pas d’apparition du type correspondant de conscience. Si au plan interne l’oeil est intact et qu’au plan externe les formes entrent en jeu, mais qu’il n’y a pas d’engagement correspondant, alors il n’y a pas d’apparition du type correspondant de conscience. Mais quand au plan interne l’oeil est intact et qu’au plan externe les formes entrent en jeu, et qu’il y a un engagement correspondant, alors il y a apparition du type correspondant de conscience.

“La forme de ce qui est ainsi venu à être est rassemblée sous l’agrégat d’attachement de la forme. La sensation de ce qui est ainsi venu à être est rassemblée sous l’agrégat d’attachement de la sensation. La perception de ce qui est ainsi venu à être est rassemblée sous l’agrégat d’attachement de la perception. Les fabrications de ce qui est ainsi venu à être sont rassemblées sous l’agrégat d’attachement de la fabrication. La conscience de ce qui est ainsi venu à être est rassemblée sous l’agrégat d’attachement de la conscience. On discerne, ‘Ceci, semble-t-il, est comment on a le rassemblement, la rencontre, et la convergence de ces cinq agrégats d’attachement. Or, le Béni du Ciel a dit, “Quiconque voit la coproduction conditionnée voit le Dhamma; quiconque voit le Dhamma voit la coproduction conditionnée.”[3] Et ces choses — les cinq agrégats d’attachement — sont coproduits de façon conditionnée.[4] Tout désir, embrassade, saisie, et attachement à ces cinq agrégats d’attachement est l’origine du stress. Toute maîtrise de désir et passion, tout abandon de désir et passion pour ces cinq agrégats d’attachement est la cessation du stress.’ [5] Et même dans cette mesure, amis, le moine a beaucoup accompli.

“Ou bien, si au plan interne l’oreille est intacte…

“Ou bien, si au plan interne le nez est intact…

“Ou bien, si au plan interne la langue est intacte…

“Ou bien, si au plan interne le corps est intact…

“Ou bien, si au plan interne l’intellect est intact mais qu’au plan externe les idées n’entrent pas en jeu, ou qu’il n’y a pas un engagement correspondant, alors il n’y a pas d’apparition du type correspondant de conscience. Si au plan interne l’intellect est intact et qu’au plan externe les idées entrent en jeu, mais qu’il n’y a pas d’engagement correspondant, alors il n’y a pas d’apparition du type correspondant de conscience. Mais quand au plan interne l’intellect est intact et qu’au plan externe les idées entrent en jeu, et qu’il y a un engagement correspondant, alors il y a apparition du type correspondant de conscience.

“La forme de ce qui est ainsi venu à être est rassemblé sous l’agrégat d’attachement de la forme. La sensation de ce qui est ainsi venu à être est rassemblé sous l’agrégat d’attachement de la sensation The perception de ce qui est ainsi venu à être est rassemblé sous l’agrégat d’attachement de la perception. Les fabrications de ce qui est ainsi venu à être sont rassemblées sous l’agrégat d’attachement de la fabrication. La conscience de ce qui est ainsi venu à être est rassemblé sous l’agrégat d’attachement de la conscience. On discerne, ‘Ceci, semble-t-il, est comment on a le rassemblement, la rencontre, et la convergence de ces cinq agrégats d’attachement. Or, le Béni du Ciel a dit, “Quiconque voit la coproduction conditionnée voit le Dhamma; quiconque voit le Dhamma voit la coproduction conditionnée.” Et ces choses — les cinq agrégats d’attachement — sont coproduits de façon conditionnée. Tout désir, embrassade, saisie, et attachement à ces cinq agrégats d’attachement est l’origine du stress. Toute maîtrise de désir et passion, tout abandon de désir et passion pour ces cinq agrégats d’attachement est la cessation du stress.’ Et même dans cette mesure, amis, le moine a beaucoup accompli.”

C’est là ce que dit le Vén. Sariputta. Gratifiés, les moines se réjouirent des paroles du Vén. Sariputta.


Notes

1. Les compilateurs du Canon pâli se servaient d’une théorie commune pour expliquer la physique de la chaleur et du mouvement, de la météorologie, et de l’étiologie des maladies. Cette théorie se focalisait sur le concept de ‘dhatu’: propriété ou potentiel. Les propriétés physiques présentées dans cette théorie étaient quatre: celles de la terre (solidité), du liquide, du feu, et du vent (mouvement). Trois d’entre elles — liquide, feu, et vent — étaient considérées comme potentiellement actives. Quand elles étaient aggravées, agitées ou provoquées — le terme pâli qui est ici, ‘pakuppati’, servait aussi au plan psychologique, où il signifiait en colère ou énervé — elles agissaient comme cause sous-jacente pour l’activité dans la nature. Pour en savoir plus sur ce sujet, voir The Mind Like Fire Unbound, Chapitre 2. [Retour]

2. AN VII.46 (cité dans The Mind Like Fire Unbound) cite l’os d’aile et les rognures de tendons comme exemples d’articles qui ne prennent pas feu. Il est possible que le passage ait été voulu comme parodie comique de qui, ayant vu quelqu’un d’autre faire du feu avec un bâton à feu, tenterait de l’imiter sans comprendre le principe de base qui est en jeu. Si on utilise un bâton à feu et des copeaux de bois, on peut faire du feu. Si on utilise un os d’aile à la place du bâton, et des rognures de tendons en lieu et place de copeaux de bois, on ne peut pas. [Retour]

3. Cet énoncé n’a pu être retracé ailleurs dans le Canon pâli tel qu’il nous est parvenu. [Retour]

4. Voir SN XII.2. [Retour]

5. Quoique la quatrième noble vérité — la voie de la pratique qui mène à la cessation du stress — ne soit pas mentionnée de façon explicite dans cette discussion, elle est implicite comme voie de la pratique qui mène à la maîtrise de désir et passion, l’abandon de désir et passion pour les cinq agrégats d’attachement. [Retour]


Voir aussi: Sn IV.9.


www.canonpali.org/tipitaka/suttapitaka/majjhima/mn028.html