Méditation sur l’équanimité

Dhamma Pratique

Méditation sur l’équanimité
Joseph Goldstein

Traduction de Jeanne Schut
http://www.dhammadelaforet.org/

L’équanimité est la dernière des quatre « demeures divines » ou brahma vihara(1). D’une certaine manière, elle est à la fois le fondement des trois autres et la base de la pratique de l’attention.

Équanimité signifie impartialité. C’est une qualité de l’esprit qui est ouverte, spacieuse. Être équanime, c’est accepter, accueillir ou « être avec » tout ce qui peut arriver, de manière impartiale, sans préférence. C’est aussi apporter une composante de sagesse dans cette attitude impartiale. C’est comprendre que notre vie se déroule selon des lois naturelles ; que les choses n’arrivent pas par hasard, sans cause. Tout suit un déroulement qui a ses règles.

Quand on se met en connexion avec cette compréhension, on commence à se poser dans un merveilleux sentiment d’équanimité. Même si on a développé beaucoup d’amitié bienveillante pour les êtres, de la compassion pour leur souffrance et que l’on se réjouit de leur bonheur, il est bon de se poser également dans cet esprit vaste qui comprend que la vie des gens se déroule effectivement selon des lois bien précises. L’une des lois qui gouvernent ce déroulement, une partie essentielle de notre compréhension de nous-mêmes et du monde, est la loi du karma : toute action entraîne ses propres conséquences.

Dans la méditation sur l’équanimité, les phrases que nous contemplons expriment la compréhension de cette règle universelle pour nous permettre d’arriver à l’acceptation :
Tous les êtres sont les héritiers de leurs actions.
Leur bonheur comme leur malheur dépend de leurs actions,
Pas de ma volonté.

Ce qu’il est très important de comprendre dans le développement de cette faculté (comme vous le verrez quand vous le pratiquerez), c’est que l’équanimité ne doit pas être confondue avec son « proche ennemi », l’indifférence. La compréhension du fait que la vie de chacun se déroule selon des lois très précises ne signifie absolument pas se retirer, être indifférent, se désintéresser. C’est simplement comprendre que les situations se produisent parce qu’il y a des causes qui les ont engendrées. Si on met la main dans le feu, ça brûle. Il n’y a rien ni personne à blâmer, c’est simplement une loi de la nature.

Donc, dans la pratique de l’équanimité, nous comprenons que le bonheur aussi bien que la souffrance sont le produit de nos propres actions. Bien entendu, dans la vision plus large du bouddhisme et pour vraiment comprendre la loi du karma, il faut remonter plus loin qu’aux actes commis dans cette seule vie. En effet, il nous semble souvent que certaines personnes (y compris nous-mêmes) jouissent d’un bonheur immérité ou souffrent injustement au regard de leurs actions dans cette vie. Alors, n’oubliez pas que la vision du karma exposée par le Bouddha est très vaste. Et pour vraiment comprendre comment elle fonctionne, nous devons au moins nous ouvrir à la possibilité de cette vision plus vaste.

Pratiquons maintenant les phrases de l’équanimité :
Tous les êtres sont les héritiers de leurs actions.
Notre bonheur comme notre malheur dépend de nos actions,
Pas de notre volonté.

Nous pouvons souhaiter être heureux – « Puissè-je être heureux, puissè-je être heureux, puissè-je être heureux… » – mais si nous continuons à commettre des actions qui engendrent de la souffrance, la souffrance perdurera. C’est très simple.

N’oubliez surtout pas que le fait de reconnaître la réalité de cette loi du karma ne signifie pas, n’implique pas ni n’aboutit pas à un rejet ou à un manque d’intérêt. Nous sommes toujours activement engagés dans le monde à travers l’amitié bienveillante, la compassion et la joie du bonheur d’autrui. C’est simplement que nous comprenons comment les choses fonctionnent et cette compréhension engendre un merveilleux sentiment d’équanimité, une capacité à accueillir la joie et à accueillir la souffrance, dans un état d’équilibre et de compréhension.

L’équanimité est la plus subtile des quatre demeures divines. Au fil de la pratique, on commence à en apprécier toute la subtilité et les nuances. Parfois il est difficile de se situer dans un véritable sentiment d’équanimité. Quand vous répéterez les phrases en pensant à quelqu’un ou à une situation, soyez attentif. Parfois vous verrez que le sentiment commence à devenir de l’indifférence ou prend l’aspect d’un jugement. Dès que vous en prenez conscience, que ce soit un signal pour vous recentrer. Dans un réel état d’équanimité, on sent une ouverture, de l’espace, de la réceptivité. C’est une connexion avec tous les êtres qui part de la sagesse, de la compréhension. C’est comme imprégner de sagesse la situation ou la relation. C’est en ce sens que l’équanimité est porteuse de compassion.

Dans votre pratique de la méditation de l’équanimité, comme avec mettā, vous pouvez dire ces phrases en évoquant des personnes proches et moins proches, tous les êtres, et aussi vous-même :
Nous sommes tous héritiers de nos actions.
Mon bonheur et mon malheur dépendent de mes propres actions,
Pas de ma volonté.

Vous pouvez changer un peu la formulation si cela vous aide. L’important est de comprendre et d’apprécier le fait que notre vie est régie par des lois naturelles et aussi de découvrir le potentiel de bonheur qui se dessine quand on comprend ces lois : par nos actes, nous pouvons nous-mêmes créer les causes qui vont engendrer notre bonheur ! Et nous pouvons aider d’autres personnes à créer ces conditions. Tout le sens de l’équanimité est contenu là.

(1) Les quatre Brahma Vihara sont : mettā, la bienveillance ou amitié inconditionnelle ; karuna, la compassion ; mudita, se réjouir du bonheur des autres ; et uppeka, l’équanimité.

 

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