Le Bouddhisme dans la vie moderne

Dhamma

 

par Dr Ananda W.P. GURUGE
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Dr Ananda W.P. GURUGE, Ambassadeur Délégué Permanent de la République de SRI LANKA auprès de l’U.N.E.S.C.O.

Texte original en Anglais: “Buddhism in Modern Life”. Traduit en Français par MM VU KHAC THU (U.S.A) et HUYNH HUU LUAN (SUISSE)

Edité par: A.TRAN (FRANCE et U.S.A.). Paris: 1990 Année bouddhique: 2534. Publié par: Centre Bouddhique International. 7, Cité Firmin Bourgeois, 93350 Le Bourget (France). 17.4.87

Sommaire :

Le Bouddhisme dans la vie moderne
La civilisation moderne peut-elle survivre ?
Le Bouddhisme
Une doctrine éternelle
La liberté de pensée
Le rôle du Bouddhisme
Vous en êtes responsable
Une manière de vivre
Postface de l’éditeur

LE BOUDDHISME DANS LA VIE MODERNE

Le sujet, dans l’état actuel, comporte plusieurs parties: Qu’est-ce que la vie moderne? Qu’est-ce que le Bouddhisme? Et quel rôle le Bouddhisme doit jouer dans la vie moderne?

La vie moderne, en elle-même, est très difficile à définir. On pourrait dire que la vie moderne est caractérisée par le fait que le monde devient de plus en plus petit; que les êtres humains ont plus de facilités d’accès les uns aux autres, que les barrières de communication disparaissent rapidement; qu’il est possible pour une personne d’être au courant de ce qui se passe partout dans le monde dans un temps rapide, et par conséquent de participer dans la vie du monde sur tous les plans. Cela représente un aspect de la vie moderne. Afférent à ce sujet de la vie moderne, il y a l’aspect de la science et de la technologie. L’homme dans son essai de conquérir la nature, la maladie et les barrières naturelles, a accompli certains exploits technologiques complexes et déroutants. Cela est un autre aspect de la vie moderne. Un autre aspect, le troisième, est plus troublant par le fait que le monde est devenu plus étroit, les barrières de communication s’effondrent et les progrès scientifiques et technologiques s’avancent si rapidement que nous devons faire face à de nombreux problèmes dans le domaine économique, rivalité politique, pollution, explosion de la population, rareté des ressources, l’utilisation et le gaspillage des ressources irremplaçables. A ces problèmes s’ajoutent d’autres sujets qui peuvent être identifiés sous l’étiquette de “survie”.
 

LA CIVILISATION MODERNE PEUT-ELLE SURVIVRE?

A cette question se greffe une autre question éthique d’envergure. L’on se demande: A quel degré et jusqu’à quel point, dans le processus de la modernisation et de la conquête de la nature, nous nous sommes écartés de la capacité de nous conquérir nous-mêmes? La lutte pour la survie ne signifie-t-elle pas que l’homme moderne est devenu l’esclave de l’égoïsme, lié et prisonnier de ses désirs et de ses caprices? Avons-nous perdu tout ce qui représente des valeurs très spéciales pour un être humain, telles que les relations entre individus, le souci de s’occuper du bien être des autres, l’esprit désintéressé de rendre service aux autres? Avons-nous perdu tout cela?

Ainsi, quand on pense à la vie moderne, on est saisi par un certain degré d’optimisme et, en même temps, un niveau égal de pessimisme. On trouve une vraie satisfaction, dans le fait que vous vivons aujourd’hui, à une époque ou presque rien n’échappe à la conquête de l’homme. Peut-être, il reste encore quelques maladies qui demeurent encore invincibles. Peut-être, il y a encore quelques places dans l’univers, que l’homme ne peut atteindre, parce qu’il n’a pas pu développer la technologie d’accès. Mais il semble que tout cela se trouve déjà à la portée de l’homme. A cet optimisme sur la capacité de l’homme, s’ajoute l’aspect pessimiste par le fait que, dans ce processus, nous avons perdu quelque chose. Il convient de retenir ces deux aspects dans notre esprit.
 

LE BOUDDHISME

Essayons de comprendre le Bouddhisme pour voir ce qu’il est. Que comprenons-nous par Bouddhisme? Il peut avoir plusieurs significations pour bon nombre de personnes. Pour certains, il peut signifier la vie de Bouddha: l’exemple donné par Bouddha et ses disciples les plus proches, l’exploit glorieux d’un homme qui s’impose à l’humanité comme un homme qui révèle la voie de la libération. Cela représente un genre de Bouddhisme. Pour d’autres personnes, le Bouddhisme signifie la masse des doctrines inscrites dans la littérature bouddhique, qui est vraiment volumineuse, contenant plusieurs milliers de pages enregistrant les enseignements de Bouddha. Dans cette littérature, est englobée une philosophie de la vie très élevée, complexe et savante. Sur le fondement des enseignements de Bouddha, sur la pratique du Bouddhisme en son temps, surgit une très riche culture qui s’étend sur tous les coins de l’Asie pour plus de 2.500 ans, culture à laquelle contribuent beaucoup de gens, de toutes couches sociales dans ces pays. Un grand nombre de sectes ou de courants et systèmes philosophiques se sont développés. Tous se placent, à juste titre, sous le nom du Bouddhisme.

Il y a une autre définition du Bouddhisme, se référant à des rites qui se développent à la faveur de la doctrine du Bouddhisme et de ses enseignements. Le mode de vie prêché par Bouddha est devenu une religion. A son gré, les enseignements de Bouddha s’incorporent dans une religion à laquelle les gens consacrent leur fidélité et qui a ses propres rites, organisation et moyens, ou des critères pour déterminer ce qui est convenable de faire et ce qui n’est pas convenable de faire. Voilà un autre type de Bouddhisme. Si quelqu’un veut se donner pour tâche de considérer chacun de ces aspects séparément, et essayer de mesurer les effets et impulsions de ce que nous appelons le Bouddhisme sur la vie moderne, cette tâche est certainement énorme. Pour moi, le Bouddhisme représente tout cela. C’est Bouddha et sa vie, sa doctrine, et la culture qui en découle, et les rites afférents. Une fois que nous prenons tout cela comme le résultat de toutes expériences humaines distillé en une forme et un extrait très fin présenté à chacun de nous, de telle façon que chacun peut y choisir la part qui l’attire le plus, nous verrons un caractère remarquablement unique du Bouddhisme. De son vivant, Bouddha lui-même a mis l’accent sur ce point On n’a pas besoin d’être un lettré et tout apprendre.

Le Bouddhisme n’est pas une matière à apprendre, comme les Mathématiques où vous devez apprendre tous les théorèmes, et les différentes méthodes, pour résoudre les types variés de problèmes. Si vous savez les bases fondamentales, une étude savante et détaillée ne s’avère plus nécessaire pour la pratique. Ainsi, dans cette vaste culture, religion, littérature Bouddhique, chacun de nous pourra y trouver, ce qui nous convient, ce qui est applicable à notre type de problème.
 
UNE DOCTRINE ETERNELLE

Je me suis souvent demandé pourquoi le Bouddhisme est qualifié de “AKALIKA” signifiant: “Eternel, sans fin”, une doctrine qui existe pour tous les temps. Plus je vois les changements survenus à la culture ou religion bouddhique, plus je me suis rendu compte que le Bouddhisme continue à s’ajuster, aux besoins des différentes périodes, et à s’adapter aux peuples, individus et, par conséquent, il est apparent, que le Bouddhisme a la possibilité de transmettre un message éternellement frais, et nouveau. Ainsi, si le Bouddhisme peut trouver une application aujourd’hui et si le Bouddhisme a une place dans la vie moderne, c’est précisément, parce qu’il s’applique éternellement grâce à un ensemble de valeurs éternelles. Parler de la caractéristique éternelle, semble être une façon très paradoxale d’aborder une religion dont la doctrine fondamentale repose sur le principe de l’impermanence. Cette caractéristique de valeur éternelle trouve sa justification dans le fait qu’elle doit être comprise dans le sens que tout continue, mais que cela continue avec un changement continuel et une évolution continue. Par conséquent, le Bouddhisme est capable de s’adapter à tous les temps et à toutes les civilisations. Nous pouvons aborder n’importe quel aspect du Bouddhisme, sans hésitation, comme un sujet pertinent, et applicable à nous aujourd’hui.

Demandons-nous maintenant quels sont ces éléments qui rendent le Bouddhisme toujours applicables? Prenons-en seulement quelques uns. D’abord, c’est la reconnaissance de la responsabilité individuelle. Bouddha est certainement l’un des maîtres religieux les plus remarquables qui a émancipé l’homme de tout asservissement que ce soit Dieu, du péché ou de toute autre attache. Ainsi, ce principe fondamental qui déclare que l’homme est libre de tout asservissement, spirituel ou autre, est l’une des caractéristiques essentielles, qui a contribué à faire du Bouddhisme une religion éternelle. A mesure que l’homme progresse, il a de plus en plus conscience, qu’il est maître de lui-même. Et en ce faisant, il fait sienne cette propre déclaration de Bouddha “Atta hi attano natho” cela signifie: “Affermis-toi d’abord, en ce qui te concerne toi-même, sur le droit chemin”.
 

LA LIBERTE DE PENSEE

Il s’agit maintenant d’un autre principe aussi important que le précédent. C’est la doctrine de largesse d’esprit, autrement dit la liberté dépensée. Le Bouddhisme nous délivre non seulement des liens d’asservissement surnaturel, mais libère aussi l’humanité de tout dogme. Revivons pour un moment, le temps où Bouddha faisait ses discours. Ce fut une époque où différents enseignements, religieux s’entre-choquaient, et l’Inde du 6ème siècle B.C. était l’une des places, les plus intéressantes à y vivre. Les chefs religieux, en propageant des différentes doctrines, luttaient à qui mieux mieux, pour avoir le plus grand nombre d’adeptes possibles. Outre ces nouveaux enseignements, il y avait d’autres systèmes religieux qui avaient eu des racines plus profondes. Parmi ces systèmes religieux, l’idée commune était: “Nous avons trouvé une voie”. “Voici le juste chemin”. “Venez, et vous serez sauvés”. Au milieu de tout cela, arrive Bouddha que dit: “Ne croyez pas à ce que disent vos livres. Ne croyez pas à ce que vos maîtres pourraient dire. Ne croyez pas à ce que dit votre tradition N’admettez rien, de quiconque. Faites-en votre propre expérience. Réfléchissez-y bien. Soyez en convaincus. Et une fois que vous en êtes convaincus, agissez en conséquence”. C’était vraiment rafraîchissant pour l’homme de gagner la plus grande des libertés, pour laquelle il avait combattu, la liberté de penser pour lui-même.

Et c’est ce principe encore une fois, qui fait du Bouddhisme une religion éternelle. Et au fur et à mesure que l’homme progresse, il devient de plus en plus exigeant quant à ce droit à penser pour lui-même. Nous le considérons comme un droit inviolable. Ceci constitue le second élément, dont l’application aux temps modernes et aux temps futurs se poursuivra.
 

LE ROLE DU BOUDDHISME

Reste la question la plus importante: le Bouddhisme a-t-il un rôle correctif à jouer? Nous devons consacrer notre plus grande attention à cette question. Pendant que l’homme fait ces progrès, nous apercevons aussi que la pression imposée par la vie moderne – la lutte pour sa survie, la volonté de toujours faire mieux que son voisin, le désir de vivre une vie de compétition, qu’elle soit économique, politique, culturelle ou autre – provoque du même coup des tensions. Afin d’atténuer ces tensions, l’homme recherche de plus en plus de passe temps et de détente. Apparemment, il réussit à soulager les tensions, mais, en même temps semble le plonger dans un cercle vicieux. A cause de ces tensions, on s’engage dans une variété d’activités d’évasions et comme ces activités d’évasions demandent du temps, on se rattrape sur la survie, et ceci contribue à croître la tension. Plus le progrès économique est grand, plus important est l’engagement politique et plus on a besoin de sédatifs et de tranquillisants, pour venir à bout de notre activité routinière. Vous devez alors prendre une pilule, pour se tenir éveillé, une autre pour dormir, et encore, une autre, pour se détendre, et ainsi de suite. Viendra un moment où les tensions sont telles que l’homme trouve en fin de compte, que tout ce qu’il a pu conquérir, lui, est d’aucune utilité. Et c’est une situation vraiment alarmante. A ces tensions, vient s’ajouter un autre facteur: l’amélioration des conditions de travail, consécutive au progrès technologique, donne à l’homme plus de temps libre dont il ne sait que faire? et c’est le problème de l’ennui. Ainsi, la tension d’un côté et de l’autre, l’ennui font naître un cortège d’autres complications, qui rendent l’homme réellement malheureux. On peut se poser alors la question; sommes-nous vraiment heureux, ou sommes-nous dans une situation où l’homme réalise qu’en dépit de tout ce qu’il a pu obtenir, il a aussi perdu quelque chose, sous la forme de certains aspects fondamentaux de la vie? Qui en est responsable? Serait la science? La technologie? Les systèmes politiques? Le système économique, que nous avons hérité, ou que nous avons développé? Ou bien nous sommes responsables nous-mêmes?
 

VOUS EN ETES RESPONSABLE

Si l’on se réfère aux enseignements du Bouddha concernant ces problèmes, l’on dira alors nous sommes les vrais responsables. Car vous êtes responsable, pour tout ce qui tourne mal, vous êtes votre propre maître. Vous l’avez laissé filer entre les mains. Il serait trop facile de blâmer une autre personne. “Vous avez laissé passer l’occasion. Elle s’est glissée entre vos mains. Cela servirait-il à quelque chose? Ce qui fait la grandeur du Bouddhisme, c’est qu’il ne s’arrête pas là, une fois qu’il vous rend responsable, de cet état de choses. Il ne dit pas: “Nous en connaissons maintenant le coupable. Il va encore plus loin, quand il vous dit “Voici ce que vous pourriez faire”.

Si l’on examine les différentes mesures religieuses, psychiatriques ou psychologiques, pour sauver l’homme ou pour le guérir de la tension d’un côté et de l’ennui, de l’autre, l’on s’apercevrait qu’il n’y en a pas une mais plusieurs, aussi bon marché et aussi pratiques, que les conseils très simples que le Bouddhisme offre à l’humanité. On pourrait alors, se demander: cela veut-il dire qu’une fois vous devenez bouddhiste, vous serez épargnés des tensions et de l’ennui engendrés par la vie moderne? Répondre à cette question est très difficile, car personne ne devient bouddhiste. Personne ne peut se faire adjuger le titre de bouddhiste, car le Bouddhisme n’est pas une de ces philosophies ou de ces manières de vivre ou religion. Du temps de Bouddha, l’on est venu à lui, on (‘écoutait et si l’on était convaincu, l’on dirait: “Je me soumets à vous. Je me soumets à vos enseignements. Je me soumets au Sangha, c’est à dire la communauté des bonzes”, les disciples qui observent cette manière de vivre. Même aujourd’hui, tout cela est encore valable. Cette intime conviction lui suffit pour devenir bouddhiste. Il n’a pas besoin d’aucune cérémonie, d’aucun rituel, d’aucune obligation légale. C’est ce que F.L WOODWORD, l’un des meilleurs traducteurs des paroles de Bouddha appelle “une auto-religion” ou “une religion de vous-même”. Dans cette auto-religion, où l’on a pas besoin de s’adjuger le titre de bouddhiste, y a-t-il des préceptes ou lorsque l’on doit respecter pour être Bouddhiste? Doit-on observer cette manière de vivre que Bouddha enseigna? Ce qui est particulièrement significatif aujourd’hui, c’est qu’il existe des milliers de gens qui n’ont mis jamais le pied à la pagode, qui n’ont pas connu ce que c’est que le rituel bouddhiste, mais qui, pourtant, ont bien compris le message de Bouddha et qui ont mené une vie absolument juste, selon les prescriptions du Bouddhisme. En fait, on s’aperçoit qu’une très grande majorité de la population mondiale ont prêté le serment d’allégeance au Bouddha pour une raison ou pour une autre. Ce serait presque un miracle.
 

UNE MANIERE DE VIVRE

La manière de vivre, prêchée par Bouddha est très simple. Il y a 5 préceptes très simples à observer: ne pas tuer, ne pas voler, ne pas s’adonner outre mesure au plaisir sexuel, ne pas mentir, ne pas prendre de boisson alcoolisée. Mais la manière de vivre bouddhiste, la manière de vivre que Bouddha prescrivait ne doit pas s’arrêter là. Simplifiées pour être à la portée de tous, il y a: 3 choses (en termes Pâli) que chaque bouddhiste est censé respecter: DANA, SILA, et BHAVANA.

DANA voudrait dire libéralité, générosité, l’acte de donner. Il est remarquable que le Bouddhisme commence par DANA, comme le 1er acte vertueux auquel on doit se familiariser afin de se mettre dans le juste chemin, car le fait de donner est un acte de sacrifice. Etre capable de donner quelque chose, c’est préparer pleinement votre mental à se séparer de quelque chose que vous avez, de quelque chose que vous chérissez, de quelque chose à laquelle vous attachez. Ce faisant, vous rendez caduque l’une des plus grandes causes de tous les problèmes, qu’en Pâli, on appelle LOBHA ou désir ou cupidité. Il est intéressant de constater qu’en vivant de cette manière, nous arrivons progressivement à nous débarrasser de certains défauts humains, qui sont la source de tension et d’ennui, qui empoisonnent la vie à beaucoup d’entre nous aujourd’hui. La libéralité est ainsi le remède contre le désir, la cupidité, l’attachement.

Puis, SILA c’est l’adhésion à certains préceptes ou conduite éthique, morale. Bouddha était bien conscient qu’il ne pourrait y avoir de préceptes, ni de règlements pour tous, et de la même manière. Ainsi, il existe un certain nombre de règles pour le commun des mortels. Il y en a un peu plus, pour ceux qui embrassent la vie religieuse, et encore davantage, pour les vénérables Theras, qui choisissent de suivre un chemin très strict de discipline et de purification. Ainsi, SILA est une obligation graduelle à la mesure de chacun.

Avec SILA, ou conduite morale ou enseignement éthique par Bouddha, nous arrivons à cette prime doctrine: ce ne sont pas des commandements, ils ne sont pas prescrits par Bouddha dans sa capacité d’être surnaturel. Chacun des préceptes que nous observons comme bouddhiste, c’est selon notre libre volonté. Et la manière dont ces préceptes sont énoncés est fort instructive : “Je m’engage à ne pas tuer”. “Je m’engage à ne pas voler” etc… car je suis maître de ma destinée et c’est en connaissance de cause, que je décide quel genre de vie, je dois mener. Bouddha comme guide, avait démontre certains défauts fondamentaux que chacun de nous essaierait d’éviter. La seconde cause de la plupart de nos maux, c’est notre animosité ou notre haine des autres. Le terme Pâli, pour haine, est: DOSA. SILA, est l’un des antidotes de cette seconde cause de tous nos défauts. Quand nous observons SILA, nous contrôlons ou plutôt nous éliminons la haine. Bouddha était un de ceux qui ont été pleinement conscients des nombreux effets de la haine. Il a vu des personnes se détruire, à cause de la haine. Ce qui l’a fait affirmer très catégoriquement, que la haine ne fait jamais cesser la haine, et que plus vous haïssez, pire, elle devient. Vous me haïssez, je vous hais: je vous hais davantage, et vous me haïssez plus encore, et la haine continue à s’accroître à un point tel que vous et moi, nous nous brûlions dans notre haine mutuelle, et aux yeux de Bouddha, le seul moyen de résoudre la haine est qu’un des partis doit s’arrêter. Car, si l’un des partis ou mieux si les deux partis n’essaient pas de conquérir la haine par l’amitié, cette séquence de haine ne cesserait jamais. C’est sur cette manière de résoudre le problème de la haine qu’est basée toute la doctrine de la vie vertueuse de Bouddha. Et c’est parce qu’une vie vertueuse attaque la seconde cause de nos défauts, notamment la haine, que nous avons dans le Bouddhisme, une très intéressante doctrine éternelle d’Amour, au sens large. L’Amour, pierre angulaire du Bouddhisme, n’a pas été considéré par Bouddha comme étant simplement un principe éthique. Il l’a analysé en détail. En réalité, Bouddha analysait le principe de l’Amour, dans ses 4 aspects et les appelait les 4 états de la vie sublime.

Le premier de ces états est : METTA ou MAITRI, généralement associé au Bouddhisme. Etymologiquement, METTA veut dire amitié et est défini par Bouddha, comme étant cet état d’âme qu’une mère éprouve envers son fils unique. METTA est le premier Brahma-vihara ou état de vie sublime.

Puis, vint KARUNA, la compassion. La compassion est plus facilement mise en branle. Vous voyez quelqu’un en danger, quelqu’un qui a besoin de votre aide, votre coeur s’émeut vis à vis de cette personne, et vous vous précipitez à le secourir. Cette volonté de se précipiter, au secours de quelqu’un, se sentant ému pour celui qui souffre, c’est un autre aspect de l’Amour.

Ensuite, se présente un troisième aspect de l’Amour qui est plus difficile à pratiquer et qui demande beaucoup d’amour et de souffrance, c’est: MUDITA qui nous incite à participer au bonheur des autres, et ceci supprime en nous toute trace de jalousie et d’envie afin que vous vous réjouissez du bonheur de l’autre personne, et même de votre ennemi.

Enfin, c’est le quatrième aspect de l’Amour et qui est totale équanimité, UPEKKHA. Vous n’avez plus d’amis, ni d’ennemis, plus de supérieurs, ni d’inférieurs. Vous ne faites plus aucune distinction entre une personne, et une autre et avec tous les êtres vivants, toutes les choses, toutes les situations, vous ne formez plus qu’une seule entité.

Par conséquent, une fois que vous êtes capable de vivre une vie où ces quatre caractéristiques gouvernent vos actions, il n’y plus de place, pour la haine, plus de place pour la rivalité, plus de place pour la compétition. Ainsi ce second principe de SILA prend soin de ces défauts, que vous pourriez avoir.

En dernier lieu, il reste la méditation BHAVANA, et c’est le principe le plus important. BHAVANA veut dire l’entraînement de l’esprit. Etymologiquement, il signifie développement, un plus grand développement de l’esprit. Bouddha était l’un des premiers à penser que, tout ici bas émane de l’esprit humain. D’après l’auteur de cette causerie, l’organisation qu’il représente, stipule dans le préambule de sa constitution: “Comme les guerres commencent dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que la défense de la paix doit être gagnée. “Et c’est dans cette idée que débute le DHAMMAPADA, le livre sacré du Bouddhisme, par excellence. Un esprit pur, un esprit bien développée, un esprit qui peut être contrôlé à volonté, un esprit qui ne doit pas s’arrêter à des considérations pouvant aboutir à des tensions ou à l’ennui, mais qui doit se tenir alerte, qui doit toujours continuer à se développer, qui doit découvrir, en lui-même, le secret de la vie, les problèmes de la vie et la réalité de la vie, c’est le plus grand trésor que l’homme ait pu se prévaloir.

Aujourd’hui, je ne suis pas étonné, pour ma part de constater, que dans la plupart des pays, à haute technologie, il y a une ardente ferveur pour toutes sortes de méditation. Il n’est pas important de savoir qui prêche quoi, ou quelle philosophie, ou quelle technique adoptée. Il est encourageant de voir que les gens commencent à réaliser qu’un instant de tranquille contemplation, qu’un moment de profonde réflexion, qu’un moment de fonctionnement de l’esprit bien dirigé, est essentiel pour le bonheur de l’humanité.

Il y a 2500 ans, Bouddha enseigna exactement la même chose. Et aujourd’hui, l’homme n’a besoin de rien d’autre que la paix de l’esprit. Il veut se débarrasser de ses tensions, de lutte contre l’ennui. Et j’en vois la réponse dans le Bouddhisme, notamment dans la voie au triple aspect: DANA, SILA et BHAVANA.

Regardez comment, Bouddha commença sa vie religieuse. On entend souvent dire que beaucoup de gens, en partant de rien, amassent des fortunes colossales, mais voici le cas d’un homme qui, délaissant tout, part à la recherche, si je puis m’exprimer ainsi, de la paix de l’esprit, la plus grande des richesses. En conséquence, il vit pour lui-même, et enseigna aux autres que la source de tout malheur ici-bas, c’est l’attachement.

Ainsi, si quelqu’un vient dire aujourd’hui: “Je vais vous conduire au “NIBBANA”, à la minute même.” Je pense que la plupart d’entre nous auront toutes sortes d’excuses à donner. Quelqu’un dira “Ne puis-je attendre que ma fille soit mariée” Un autre pourrait dire “Ne puis-je attendre que la Conférence générale sur le Bouddhisme soit terminée?” Ne puis-je attendre ma mission à Bangkok soit achevée?” Nous avons nos propres moments préférés, quand nous en arrivons à la décision finale.

Quelle que puisse être notre décision, il arrivera un moment où aucune excuse, ne sera plus valable. Il est indéniable que la vie moderne nous apporte l’insécurité et la compétition de son cortège de tensions et d’ennuis. Et le Bouddhisme nous offre quelques méthodes très simples et très efficaces pour lutter contre tout cela. Et alors, j’ai la conviction que le Bouddhisme a un rôle à jouer dans notre vie, et que nous, natifs des pays bouddhistes, nous avons un rôle important à jouer.

Il est de notre devoir, de partager notre connaissance, notre expérience, notre façon de penser avec le plus grand nombre de gens possibles, de telle façon, que finalement, nous tous, nous sentons que le message de BOUDDHA qui est fait pour l’humanité, continue à atteindre l’humanité jusque dans le moindre recoin de l’univers.

POSTFACE de l’EDITEUR

Au mois de Septembre 1986, à la demande de Son Excellence, le Docteur Anande W.P. GURUGE, Ambassadeur et Délégué Permanent de la République Démocratique Socialiste de Sri-lanka, auprès de l’UNESCO (Paris), auteur de l’ouvrage en Anglais, intitule: “Buddhism in Modem Life”, et sur mon insistance, M.M. Vu-khac-Thu (U.S.A) et Huynh-huu-Luan (SUISSE) ont bien voulu, avec gentillesse, accepter la traduction de ce livre, d’Anglais en Français, malgré leurs obligations professionnelles et personnelles excessivement, chargées. A la lecture, je me suis rendu compte de l’excellente qualité, de la traduction effectuée par ces deux traducteurs éminemment compétents, et de la valeur morale de ce petit livre, petit par le format, et le nombre de ses pages, mais important et sublime par le contenu.

C’est pour cette raison, que j’ai cru utile de l’éditer, en quantité, limitée, bien que mes moyens financiers soient modiques, et de le préhension plus juste du BOUDDHISME, une des grandes religions de l’Asie et du monde. Que les lecteurs me réservent toute leur indulgence pour le caractère rudimentaire dans l’im- pression de ce livre. Tous les mérites obtenus par la présente édition, je les dédient, d’abord, à M.M. Vu-khac-Thu et Huynh-huu-Luan, ensuite, à mes grands-parents, mes parents, mes bienfaiteurs, mes amis, camarades ou connaissances Vietnamiens ou étrangers, les membres de ma famille, et de ma belle famille vivants ou disparus. En outre, je forme respectueusement le voeu, que l’âme de M. Vu-khac-Thu, décédé en Mars 1989, puisse se reposer en paix, dans un monde en paix, et je souhaite, quant à M. Huynh-huu-Luan, et à sa famille que toutes choses s’accomplissent, selon leurs voeux, et leurs désirs.

Que l’auréole du BOUDDHISME, doctrine éternelle, fasse jaillir la lumière de la Vérité, jusque dans le moindre recoin de l’univers, afin de mieux inculquer l’éthique bouddhique, dans le coeur de l’humanité.

France et U.S.A. Printemps 1990. Année bouddhique: 2534
L’éditeur 25 Mars 1990 A. TRAN (France et U.S.A.)

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Printed in Taiwan
1998 October

Mise à jour le 29 mai 2003.

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